« Société civile » dans « Dictionnaire de l'autre économie », Paris, 2005
Pour Rousseau, la société civile s'oppose à l'état de nature. Elle est la communauté politique organisée. Au XIXe siècle, pour l'économisme, le développement de la civilisation s'identifie au développement de l'économie. La société civile n'est plus que l'ensemble des rapports sociaux hors État. Puis, quand l'espace du marché résume l'ensemble de la sociabilité, la société civile désigne la sphère marchande de la société bourgeoise.
Certains auteurs définissent la société civile comme l'espace intermédiaire entre l'État et le marché. Elle est composée de la famille, des associations, des mouvements sociaux et des formes de communication publique.
Une politique de la société civile est de favoriser dans la société civile les engagements et les solidarités volontaires et de faire de la société civile le vecteur d'une démocratisation des institutions politiques, pour une démocratie plurielle, et d'une domestication de la rationalité marchande, pour une économie sociale et solidaire. Cette politique exige des garanties juridiques : pas de société civile sans communauté juridique. Elle ne peut s'épanouir qu'au sein d'un État démocratique : pas de société civile sans communauté politique.
L'État ne doit pas dépérir. Il doit redéfinir son rôle en favorisant la multiplication des coopérations libres, égalitaires et solidaires par des garanties juridiques et par des politiques publiques et financières. L'État doit démocratiser la société civile en affrontant les inégalités, les oppressions et de sectarisme du monde associatif et en ouvrant la sphère démocratique afin de modérer les différences entre associations et les replis identitaires, afin de remédier au caractère discontinu et chaotique de l'engagement bénévole, en faisant du volontariat un travail stable au statut reconnu.
La société civile peut élargir ses frontières dans la perspective d'une citoyenneté ou d'une éthique civique globalisée. Nous ne pouvons espérer gouverner l'économie globalisée sans des institutions politiques transnationales soutenues par des identités civiques élargies. Plutôt que de déplacer la citoyenneté et la souveraineté un cran au-dessus de l'État-nation, il faut disperser la souveraineté. L'espoir de l'autogouvernement est dans une multiplicité de communautés au sein desquels la souveraineté est diffusée. Ces espaces disséminés de souveraineté peuvent gouverner les sphères de vie sociale et promouvoir des formes plurielles d'engagement civique. L'auto gouvernement pluraliste s'enrichit de nos allégeances, de nos solidarités, de nos sympathies multiples. Nous devons être capables de négocier entre nos identités et les obligations qu'elles imposent, parfois concordantes, parfois contradictoires. Cette capacité à vivre avec les tensions définit la vertu civique et la constitution d'une société civile associationniste internationale.