Les différents modèles de socialisme, comme alternatives au capitalisme

« Socialisme participatif », dans le « Dictionnaire de l'autre économie ».

 

Face à la domination de plus en plus étouffante de la sphère économique capitaliste sur les médias, sur les institutions et sur les décisions politiques, face à la prééminence des intérêts privés sur les choix démocratiques, il faut développer une résistance, et cette résistance doit s’enrichir de la tradition du mouvement socialiste, lui-même irrigué par les courants associationnistes, libertaires et autogestionnaires. Autrement dit, les mouvements sociaux peuvent se procurer des outils pour reconstruire des alternatives crédibles au capitalisme néolibéral dans la littérature économique sur les alternatives socialistes et trouver ainsi une cohérence au moins intellectuelle, sinon encore stratégique.

 

Tous les modèles de socialisme partent d'une même prémisse : la remise en cause des droits de propriété. Aucun projet de société juste et soutenable n’est possible tant qu'une minorité de privilégiés détient l'essentiel du pouvoir économique. Aux États-Unis,1 % des ménages possèdent 53 % des actions,10 % en possèdent 91 %.

 

 L'économie plurielle et l'économie solidaire, dans la mesure où elles ne contestent pas la structure ultra concentrée du pouvoir du capital, se contentant de construire des alternatives « à côté », se condamnent à l'impuissance macro sociale.

 

On peut distinguer trois familles de modèles.

 

1) Le socialisme de marché est basé sur la propriété privée, la concurrence et le marché, mais sur une distribution égalitaire des droits de propriété, avec des règles limitant la reconcentration du capital. Cette sorte de capitalisme populaire ne conserve du socialisme que l'égalitarisme. Il sous-estime l'effet délétère de la généralisation des logiques marchandes et concurrentielles.

 

2) Le socialisme électronique modélise des économies où les marchés sont inexistants ou résiduels, et où la coordination économique est réalisée par la démocratie directe, appuyée sur les nouvelles technologies de l'information et Internet. Ces modèles négligent les problèmes de coordination, de motivation et d'opacité qui ont contribué à creuser la tombe de l'économie soviétique. Une des variétés de ce socialisme est l' « économie participative », qui supprime la monnaie.

 

3) Le socialisme participatif avec marché, ou autogestion non salariale, est une économie autogérée où les travailleurs associés, en liaison avec la société civile et les pouvoirs publics, sont directement engagées dans la gestion des entreprises. Ils participent à l'élection des dirigeants et peuvent à tout moment demander la révocation des élus. Ils discutent des projets de l'entreprise et se prononcent sur les décisions stratégiques. Les capitaux sont empruntés à un taux d’intérêt fixe par les travailleurs à des organismes de crédit. Il n'y a pas de marché des titres de propriété. Personne ne peut acheter, vendre ou posséder une entreprise où travaillent d'autres personnes (des exceptions peuvent être admises pour les petites entreprises). Il n’y a pas de marché du travail, seulement des postes de travail entre lesquels circulent les travailleurs qui s'associent alors à des coopératives. Le salariat est ainsi aboli (Un travailleur qui est embauché contre un salaire ne peut maîtriser ni son travail, ni son produit, ni son existence. Il doit se soumettre à la hiérarchie et au marché. Salariat signifie soumission).

 

L'autogestion ne peut se limiter à l'entreprise, faute de quoi prévaut la concurrence entre collectifs de travail et le corporatisme d'entreprise, sources de désagrégation sociale. Il faut articuler de façon négociée les pouvoirs des collectifs de producteurs, de consommateurs, de citoyens, des groupes sociaux organisés et de l'État.

 

 L'investissement n'est pas régi par la loi de la valeur, c'est-à-dire dirigé vers les opportunités maximales de profit selon le jeu des intérêts égoïstes. Il n'est pas décidé par les seuls collectifs de travail comme chez Proudhon. Il est socialisé, c'est-à-dire soumis à des règles organisant la participation de la société civile, des pouvoirs publics et des travailleurs. L'investissement peut être financé par des fonds locaux, régionaux ou nationaux, selon leur destination, l'affectation des ressources, négociée, obéissant au principe de subsidiarité, selon lequel un niveau supérieur décide seulement ce qui ne pourrait pas être décidé au niveau inférieur. L'investissement peut être financé par des banques autogérées, selon des priorités sociales établies démocratiquement. Les paris hasardeux et contradictoires des entrepreneurs sont remplacés par un processus délibératif articulant orientations politiques nationales et internationales et décisions locales. Cette socialisation de l'investissement signifie que la société décide démocratiquement d'orienter son économie vers des fins qu'elle se donne collectivement. Il est probable que la société choisira la réduction du temps de travail, l'amélioration des conditions de travail et la protection de l'environnement, plutôt que le productivisme et l'accumulation de richesses privées.

 

Alors que les inégalités, l'individualisme exacerbé, l'irresponsabilité sociale et écologique sont le produit des institutions du capitalisme, du salariat et de la marchandisation généralisée, les institutions centrales de l'autogestion non salariale favorisent la coopération et le dépassement de l'égoïsme. L'égalité et la récompense de l'engagement collectif sont inscrites dans ces institutions. Le modèle participatif ne réprime pas l'intérêt individuel. Il ne présuppose pas un « homme nouveau ». Il laisse la place au marché, dont l'efficacité tient à l'individualisme des agents, qui détiennent l'information pertinente. Mais le modèle participatif permet le dépassement progressif de l'intérêt individuel par l'apprentissage collectif, par la participation aux décisions économiques.

 

Comme les marchés sont des institutions, ils peuvent être conçus et investis par l'activité sociale consciente. Ils peuvent être des lieux de transparence et de libre choix et non des lieux de manipulation et de monopolisation. La socialisation des marchés consisterait en un développement d'un système de production et de diffusion d'informations sur les coûts, la qualité des produits, les impacts écologiques des procédés de production, les marges et les revenus des producteurs. Les consommateurs et de leurs organisations seraient alors appelées à jouer un rôle actif dans l'orientation de la production, notamment par l'utilisation de critères sociaux et écologiques dans l'évaluation de la qualité des biens et services.

 

 Le « commerce équitable » et la « responsabilité sociale et environnementale de l'entreprise » deviendraient alors des normes de fonctionnement des marchés.

 

Contre la résignation à la rationalité économique capitaliste comme seule rationalité globale possible, le socialisme participatif pourrait stimuler les confrontations et mouvements pour la démocratie économique, et même favoriser leur synergie. (JP Dussaud)

 

 

Dernière mise à jour de cette rubrique le 14/04/2008

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