Le secteur public, enjeu décisif de la maîtrise politique de l'économie

« Secteur public », dans le « Dictionnaire de l'autre économie », 2005

 

Le secteur public est l'ensemble des organisations dont se dotent les collectivités publiques territoriales, étatiques et supranationales. Pour certains partisans du capitalisme, le secteur public joue un rôle de régulation et de prise en charge par la collectivité d'activités non rentables pour le capital privé et nécessaires à celui-ci. Ainsi les tâches de formation, de santé, les activités liées à la production mais nécessitant des investissements lourds comme les chemin de fer. Pour les réformistes du mouvement ouvrier, le secteur public est un moyen de transformer le capitalisme jusqu'à le dépasser par l'extension d'un domaine échappant à l'emprise du capital. Pour les révolutionnaires des pays dominés, le secteur public est conçu comme un instrument de l'indépendance nationale et du développement. Le secteur public est actuellement soumis à une offensive de démantèlement, sur le mode de la libéralisation ou sur celui de la privatisation.

 

La privatisation de la gestion de l'eau a entraîné des hausses de prix en France et en Grande-Bretagne. Les subventions étatiques au chemin de fer anglais ont doublé depuis la privatisation, mais les performances ont baissé. Aux États-Unis, la libéralisation du transport aérien a entraîné une cartellisation, des accords entre compagnies et, dans un contexte sans chemin de fer voyageur, des hausses de prix et la non desserte de certaines villes. Le secteur privé, conduit par la recherche du profit, ne s'intéresse pas aux activités de basse rentabilité. Il ne se soucie pas de savoir si la production est nocive pour l'environnement. Pour réduire les coûts, il licencie, dégrade les conditions de travail. C'est à la collectivité de réparer les dégâts. Le secteur privé coûte cher à l'État, par les avantages en nature et les avantages fiscaux pour « attirer les investissements », les recapitalisations d’entreprises publiques avant privatisation, les privatisations bradées, les aides publiques aux secteurs en péril, les nationalisations des entreprises en difficulté pour les revendre une fois remises sur pied. Le capitalisme socialise les pertes et privatise le profit.

 

La démocratie ne peut vivre tant que lui échappe un champ déterminant pour le présent et pour l’avenir, à savoir l'orientation de la production et de l'échange. Le changement juridique de la propriété est nécessaire mais non suffisant. Il faut une appropriation sociale d'une partie de l'appareil économique. Le champ de cette appropriation doit être le résultat d’un choix relevant du débat politique. Le secteur public n'est pas la seule forme d'appropriation sociale (par exemple, l'économie solidaire et la coopération échappent à la recherche du profit maximum), mais c'est un secteur décisif de l'appropriation sociale pour les activités jugées stratégiques et vitales et supposant donc le plus haut degré de contrôle démocratique possible. (JP Dussaud)

 

Dernière mise à jour de cette rubrique le 14/04/2008

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