« Économie non marchande », dans le « Dictionnaire de l'autre économie », 2005, Paris.
Une activité est marchande ou non marchande, une économie est marchande ou non marchande, selon la conception que l'on se fait du marché.
1) Le marché peut être considéré comme un lieu technique d'échange, c'est-à-dire de rencontre entre une offre et une demande portant sur un bien dont le prix, envisagé du point de vue de l'offre, est censé couvrir le coût de production. Le produit de la vente est qualifié de ressource marchande par le producteur.
Est marchande une activité pour laquelle on cherche à couvrir le coût de production par un prix, c'est-à-dire par la médiation du marché. Est non marchande une activité où domine le recours à d'autres types de ressources que la vente, par exemple des ressources provenant de prélèvements obligatoires opérés par l'État et donnant lieu à des subventions. Autre exemple, les ressources mobilisées sur une base volontaire et consistant en dons, cotisations, travail bénévole.
L'économie marchande est dominée par le principe du marché. L'économie non marchande résulte principalement du principe de redistribution, tel que la production est le fait d'une autorité centrale qui la répartit entre les agents suivant des règles acceptées de prélèvements et d'affectation des moyens. Ce sont en général les prélèvements obligatoires qui permettent de financer la production non marchande, mais la redistribution peut s'opérer aussi à partir de contributions volontaires versées à des associations et fondations.
L'économie non monétaire est telle que les biens et les services s'échangent sur la base du principe de réciprocité, principe reposant sur le don et de contre-don, traduisant l'existence d'un lien social entre les parties prenantes.
Nombre de producteurs combinent les ressources d'origine marchande et non marchande. À côté des organisations à ressources marchandes, telles les entreprises privées et certaines entreprises publiques, et les organisations à ressources non marchandes, telles les services publics, les administrations et certaines associations, il y a des organisations à ressources mixtes. Selon les normes européennes, le prix est « économiquement non significatif » quand le produit de la vente couvre moins de 50 % du coût de production.
2) Le marché peut être considéré comme un lieu d'échange sur lequel les agents agissent à la poursuite de leur intérêt propre. Selon ce point de vue, une organisation est marchande si elle est présente sur le marché pour une finalité lucrative ou une finalité capitaliste, c'est-à-dire si elle recherche respectivement la maximisation du profit ou la rémunération de son capital.
3) L'approche pragmatique du marché définit les types de bien et de service qui sont échangés. Les biens collectifs sont inadaptés aux mécanismes de marché. Exemples de biens collectifs : la défense, l'ordre public, la protection de l'environnement, la promotion de la recherche fondamentale. Les biens quasi collectifs peuvent être soumis aux lois du marché mais dans des conditions de production jugées non désirables par la collectivité. Exemples de biens quasi collectifs : l'éducation, le social, la santé, la culture. Le terme « marchand » se définit alors de manière négative : il concerne des biens qui ne sont ni collectifs ni quasi collectifs.
4) En cumulant ces trois points de vue, on définira le secteur non marchand par les ressources, par la finalité et par les activités. L'économie non marchande désigne l'ensemble des producteurs bénéficiant de ressources non marchandes, poursuivant une finalité non lucrative et non capitaliste, et fournissant des services de nature collective ou quasi collective, services relevant de la santé, de l'action sociale, de l'éducation ou de la culture.
Le « tiers secteur » ou « secteur non lucratif » est un sous-ensemble du secteur non marchand. Il se limite à la composante associative du non marchand privé.