Domenico Losurdo : « Le révisionnisme en histoire. Problèmes et mythes » ,1996, traduit en 2006 par Jean-Michel Goux, Albin-Michel
Il a fallu 10 ans pour traduire ce livre en français. Tout en définissant quelques méthodes et quelques çaractères du révisionnisme en histoire, Losurdo essaye de rétablir certains faits, contre les « vérités révisionnistes», par exemple celle qui affirme que les révolutions anglaises et américaines sont bonnes et que les révolutions françaises et russes sont mauvaises.
I) Le révisionnisme historique
Clinton célèbre son pays comme « la plus ancienne démocratie du monde ». Pour de nombreux Américains, aujourd’hui encore, l’esclavage des Noirs et le génocide des Indiens sont secondaires, les Noirs et les Indiens étant quantités négligeables. Le refoulement ou la transformation en bagatelle de l'une ou l'autre des tragédies qui ont marqué des peuples entiers est fonction de la construction de mythes généalogiques, flattant l'identité du pays, justifiant son rôle privilégié. Tel est le révisionnisme américain.
Pour le révisionnisme allemand, il faut arrêter les rappels incessants à l'horreur du troisième Reich. Il faut que l'Allemagne redevienne une nation normale pour qu'elle puisse marcher la tête haute et s'acquitter de son rôle dans le monde. Au silence sur l'holocauste noir et sur l'holocauste des Indiens, correspond la transformation en bagatelle de l'holocauste juif.
Pour le révisionnisme français, la colonisation est une oeuvre positive, puisque le massacre d’un Algérien sur trois au XIXe siècle ou l’extermination de quatre Kanaks sur cinq à la fin du XIXe siècle ne doivent pas conduire à l’autoflagellation. Il faut se situer au-delà des polémiques et des affrontements.
Les mythes généalogiques des diverses nations peuvent entrer en contradiction, mais ils convergent dans la consolidation d'un troisième mythe généalogique. Une fois refoulé la tragédie des Peaux-Rouges et celle des esclaves noirs, une fois transformé en bagatelle le judaïcide, judaïcide détaché de la tradition coloniale et mis sur le compte de la barbarie asiatique, une fois oubliées les guerres coloniales, alors « l'Occident », qui comprend les Etats-Unis et l‘Europe, connaît une transfiguration mythique en pays de la civilisation.
Se pose le problème de l'élaboration du passé. L'Occident n'a pas abordé ce problème.
C'est sur ce terrain que le révisionnisme historique plonge ses racines. C’est notre terrain quotidien, la banalité des mensonges historiques qui sont pour nous des évidences, à force d‘être répétées et validées par les soi-disant experts.
Une fois écartées les guerres coloniales, leurs massacres, leurs destructions, les révisionnistes dénoncent ce que sont pour eux les véritables tragédies, à savoir les luttes anticoloniales, les révolutions d’émancipation et les mouvements d‘inspiration socialiste ou communiste. Partant de ce point de vue, ils écrivent l’histoire à leur façon, gommant ce qui n’entre pas dans leur schéma, inventant des contrevérités. Tout cela ne serait pas grave s’il s’agissait d’historiens marginaux. Mais, malheureusement , l’école du révisionnisme historique laisse des traces, sinon domine, dans l’enseignement comme dans l’université, les présupposés du révisionnisme historique étant aussi les présupposés des hommes politiques qui gouvernent actuellement dans de nombreux pays.
L‘image de l‘histoire donnée par le révisionnisme contribue à la perpétuation de l’impérialisme collectif des pays du Nord.
1) La négation du génocide des Indiens
Il n’y a pas de véritable génocide des Indiens, pour les révisionnistes, américains ou non américains. Les États-Unis sont une grande démocratie.
Pour les intellectuels attachés à l'unicité du génocide juif, il n'y a pas, pour les Indiens, de planification de destruction d'un groupe ethnique. Cette affirmation procède du biais eurocentrique qui regroupe la multiplicité des peuples indiens en une seule catégorie, tandis qu'on trace de subtiles distinctions entre les diverses populations européennes, ce qui permet d'ignorer les cas où les génocides contre les Africains et les Indiens ont pris la forme d'une extermination totale, réalisée intentionnellement, de groupe culturel, social ou religieux.
« Un historien loyaliste de la révolution américaine, à propos de la politique d'extermination des nations peau-rouge qu'ont suivie les colons rebelles à l‘Angleterre, observe : « par un ordre qui, croyons-nous, n'a aucun précédent dans les annales d'une nation civilisée, le Congrès ordonna la destruction complète de ce peuple en tant que nation, y compris des femmes et les enfants. » L'holocauste dont ont été victimes les Peaux-Rouges au cours des siècles est le pire holocauste humain dont le monde ait été témoin. » »
2) Le révisionnisme n’aime pas les révolutions françaises et russes
Pour comparer les révolutions, il faut comparer les cycles révolutionnaires dans leur ensemble. Le cycle révolutionnaire anglais commence avec la révolte anglicane, la Grande Rébellion et la Glorieuse Révolution pour se terminer avec les massacres en Écosse et en Irlande. Le cycle révolutionnaire français commence en 1780 et se termine en 1880, avec la IIIe République. Le cycle révolutionnaire américain commence avec la guerre d’Indépendance en 1775-1782, la Constitution de 1787, la guerre de Sécession de 1860-1865, la continuation de l’esclavage des Noirs et du génocide des Indiens, pour se terminer dans les années 1960 avec la fin de la ségrégation raciale institutionnalisée.
Les révisionnistes choisissent dans un cycle révolutionnaire la période qui convient à la démonstration qu’ils veulent faire de l’horreur et de la barbarie des mouvements d’émancipation.
Ainsi, dans leur comparaison des révolutions, ils ne retiennent de la Révolution française que la Terreur, tandis qu’ils ne retiennent des révolutions anglaise et américaine que les périodes pacifiques. La comparaison des trois révolutions ne peut-être qu’en défaveur de la Révolution française.
Pour Furet, dont l’originalité consiste à représenter en France le révisionnisme historique anglo-saxon, le goulag est en germe au plus profond des révolutions françaises et russes. En effet, les révolutions françaises et russes, mais pas la révolution américaine ou la révolution anglaise, sont des systèmes de contraintes méticuleux sur les corps et sur les esprits, les idéologies révolutionnaires correspondantes produisant l'horreur par leur seule logique interne.
Les révisionnistes comparent la révolution russe avec le nazisme. Plus exactement, ils comparent l’URSS, laquelle est rendue responsable de 100 millions de morts, avec l'Allemagne d'avant 1939, ce qui permet de supprimer l’agression hitlérienne, colonialiste et impérialiste, le génocide des Juifs, des Tziganes et des homosexuels, et de minimiser le racisme et de la haine de la démocratie du nazisme. La conclusion est que le bilan du stalinisme est plus désastreux que celui du nazisme, que le communisme en tant que régime est plus inhumain que le nazisme.
Le peu de sérieux méthodologique des comparaisons permet de valider n’importe quel présupposé. La conclusion du raisonnement est déjà dans ses prémices.
3) Le révisionnisme historique n’aime pas l’anticolonialisme
Un nouveau sujet de l'histoire apparaît en 1914. Il s'agit des peuples des colonies, utilisés comme chair à canon, les paysans étant souvent capturés et envoyés de force dans des centres de mobilisation. Ce nouveau sujet de l'histoire s'exprimera pendant la seconde guerre mondiale à travers la Résistance, et après la seconde guerre mondiale, à travers la lutte anticolonialiste.
Alors que, en 1914, les bolcheviques appellent les esclaves des colonies à la libération nationale, 50 ans plus tard, Furet considère que le colonialisme a un bilan positif. D’après Furet, il aurait fallu une approche gradualiste de l'autodétermination, la violence révolutionnaire ou anticolonialiste étant superflue et ruineuse. La solution est dans un renouveau altruiste du colonialisme. Le monde civilisé se doit de gouverner les endroits en désespérance, dans les pays incapables de se gouverner eux-mêmes et dans les pays extrémistes. La domination coloniale est une affaire d'ingénierie sociale, de technique sociale. Furet refoule les aspects tragiques de la colonisation.
Schmitt, l’idéologue du troisième Reich, soutient l’extermination fasciste italienne en Éthiopie. Mussolini veut développer la civilisation pour mettre fin à l'esclavage en Éthiopie. Mussolini attaque sans déclaration de guerre. Il utilise les gaz asphyxiants, les camps de concentration et les massacres. Schmitt n’est pas le seul à soutenir Mussolini, puisque le cardinal de Milan bénit une entreprise qui, pourtant, ne respecte pas les conventions de Genève. Pour Schmitt, le Négus est un chef de bande, qui ne peut être membre de la communauté générale du droit international. Un peuple incapable de se donner un État à la hauteur de la guerre moderne n'est pas un sujet du droit international.
Le fascisme nazi est une réaction extrême à l’appel bolchevique à la lutte anticolonialiste. Les trois pays à l'origine de la seconde guerre mondiale, le Japon, l'Italie et l'Allemagne, sont des tard-venus au banquet colonial, frustrés dans leurs ambitions, se sentant menacés par l'anticolonialisme.
Le modèle de l'Hitler est l'empire colonial de l'Angleterre. La Bohême Moravie sera un « protectorat », l'Ukraine sera le « nouvel empire des Indes », peuplé d'« indigènes ».
Le fascisme nazi veut bloquer l'émancipation des peuples coloniaux. La seconde guerre mondiale commence comme une guerre coloniale, avec la conquête de la Chine, celle de l'Éthiopie et celle de la Tchécoslovaquie. À cette nouvelle vague d'expansion coloniale s'opposent les guerres révolutionnaires et les mouvements de libération qui disposent, grâce à Octobre 1917, d’une subjectivité politique.
Pour Schmitt, la Tchécoslovaquie de 1939 n’est pas un sujet de droit international, puisque, comme l’Éthiopie, elle est incapable de se donner un État à la hauteur de la guerre moderne. Hitler a raison de l’envahir. Quant à l'URSS, l’agression contre elle est justifiée puisqu’elle n'a pas l'homogénéité sur le plan de la civilisation et elle n'a pas la parenté nationale qui lie les peuple européens.
Schmitt, réfugié dans l’Espagne de Franco après la guerre, considère que les mouvements de libération nationale n'ont aucune légitimité, puisqu'ils expriment la guerre civile internationale déclenchée par Moscou. Il suffit de quelques terroristes pour exercer une pression sur la population entière. En Indochine, les partisans vietcongs se livrent à des actes de terrorisme pour inciter les Français à des représailles, ce qui attise la haine envers les Français. Telle est la stratégie subversive de terrorisme psychologique sur les masses. Les représailles contre la guerre civile internationale sont justifiées.
4) Les révisionnistes pratiquent la discrimination sans le voir
Il y a deux façons de discriminer, la déspécification naturaliste qui fige l’ennemi dans une nature immuable, et la déspécification politique ou morale qui désigne l’ennemi comme moralement ou politiquement mauvais, ce qui a l’avantage, par rapport à la déspécification naturaliste, de ne pas enfermer l’ennemi dans une caractérisation définitive, donc de ne pas exclure une amélioration de sa part.
Les révisionnistes pratiquent souvent la discrimination envers ceux des acteurs historiques qu’ils n’aiment pas, les Jacobins ou les bolcheviques, tout en ne voyant pas l’attitude discriminatoire de leurs héros historiques, les fondateurs de la démocratie anglo-saxonne, à l’égard des peuples sous leur domination.
C'est dans les sociétés démocratiques, où domine l'idée de l'égalité, qu'émerge la compassion pour tous les membres de l'espèce humaine. Et le processus n'est qu'en partie accompli en Amérique où le sentiment de compassion générale ne concerne que la communauté blanche. Comme la compassion produite par le sentiment de l'unité de l'espèce humaine est un obstacle à la violence, pour que cette violence puisse se déployer, il est nécessaire de neutraliser la compassion générale en remettant en question l'unité de l'espèce. La guerre totale suppose un acte de déspécification de l'ennemi, l'exclusion de la communauté ou même de l'espèce humaine de groupes ethniques, sociaux ou politiques.
Aux yeux des défenseurs de l'ordre (et des révisionnistes historiques), les intellectuels révolutionnaires sont des fous, les masses populaires des barbares, à un échelon inférieur de civilisation, des sauvages.
Au yeux des révolutionnaires, les organisations et les associations avec qui ils sont en lutte sont des organisations et des associations criminelles, condamnées au nom de la morale. Ils utilisent des catégories politiques et morales plutôt que les catégories anthropologiques ou les catégories ethniques. Ainsi, pour les partisans de l’abolition de l’esclavage, les esclavagistes sont exclus de la communauté morale. Pour un abolitionniste, l'esclavagiste est un voleur. Il n'est pas membre de la république, de la chrétienté et de l'humanité. Reconstituée par la réfutation du préjugé racial, l'unité du genre humain est mis en cause par le fanatisme moral et politique.
Les révisionnistes ne se rendent pas toujours compte que la déspécification naturelle est irréversible, la déspécification politique ou morale pouvant cependant être la première étape de la déspécification naturelle.
À Dresde, à Hiroshima ou à Nagasaki, l'aspect principal est celui de la guerre totale, légitimant des formes de violence qui attaquent l'ennemi en bloc, mais la déspécification naturaliste ne s'est pas autonomisée, puisque la dichotomie ami-ennemi se disloque rapidement, les Japonais et les Allemands étant admis parmi les amis peu de temps après 1945.
5) Les révisionnistes croient que la guerre civile mondiale est un phénomène spécifiquement communiste
Les révisionnistes affirment que les bolcheviks sont à l’origine de la guerre civile mondiale. Ils ne se rendent pas compte que ce prosélytisme commence dès 1914 du fait des pays en guerre qui veulent déstabiliser l’ennemi en menant une propagande parmi le peuple ennemi et ses minorités nationales, et qu’au contraire, ce sont les révolutionnaires qui refusent d’imposer leur régime aux peuples extérieurs sans leur consentement.
En 1914, pour l'Entente, la guerre est considérée comme guerre civile mondiale pour mettre fin à l'impérialisme germanique, démocratiser l'Allemagne et l'Autriche, instaurer une société des nations et la paix. Wilson entre en guerre sainte pour la démocratie, la paix et le droit. Cette idéologie trouve des relais chez les intellectuels radicaux allemands. La Société des nations et le traité de Versailles sont les instruments de la croisade pour la démocratie et la paix.
Existent aussi en Allemagne des appels à la guerre civile internationale, la guerre contre la Russie tsariste étant une contribution à la lutte pour la liberté des peuples (bien qu’il existe aussi une valorisation de la culture particulière et de l'historicité de l'Allemagne, de l'expérience de la douleur et de la mort, de l'existence authentique et de la communauté, grâce à la guerre).
Conformément à cette idéologie de la guerre civile mondiale, les Allemands comme l'Entente élaborent des programmes de subversion des minorités nationales et des peuples des colonies de leurs adversaires respectifs.
L'Allemagne essaye d'agiter les Irlandais, les Finlandais, les Polonais et les Juifs russes, les pays concernés réagissant par la répression. La révolution de février 1917 est encouragée par la clique pro allemande en Russie. L'Entente, non sans antisémitisme, dénonce le soutien allemand aux Juifs russes et une révolution auquelle participent les Juifs. Un peu plus tard, Kerenski dénonce le soutien allemand à la révolution d'octobre 1917.
Les pays de l'Entente, quant à eux, agitent les minorités nationales de leurs adversaires, en particulier les Tchèques, les Slovaques, les Arméniens. Dans ce dernier cas, la Turquie réagit par le génocide. La révolution allemande de novembre 1918 est favorisée par l'attitude de l'Entente qui ne reconnaît pas la représentativité du gouvernement allemand. Le rôle de l'Entente est grand dans le renversement de la dynastie des Habsbourg. La guerre civile préventive déclenchée par Hitler se présente comme une réponse au « coup de poignard dans le dos », cette expression désignant l'appui de l'Entente à la révolution allemande de novembre 1918.
S’opposent à cette idéologie de la guerre civile mondiale, les révolutionnaires. Ainsi, Robespierre critique toute exportation de la révolution. Il ne veut pas d'incendie universel et de missionnaires armés. L'Europe doit être attirée par la sagesse de nos lois, non soumise par des exploits guerriers.
Les révisionnistes renversent les positions quand ils parlent du prosélytisme de la Révolution française et quand ils ne parlent pas du prosélytisme des pays en guerre en 1914-1918.
6) Les révisionnistes croient que le totalitarisme et l’univers concentrationnaire sont spécifiquement soviétiques
Les révisionnistes ne voient pas l’aspect totalitaire et l’aspect concentrationnaire qui existent en 1914 dans la plupart des pays en guerre, comme ils existaient dans les colonies avant 1914, ne retenant que les totalitarismes fasciste et stalinien.
Mobilisation totale
Pour convaincre le Congrès, Wilson manipule l'information de telle façon que l'opinion publique ait l'impression que c'est l'ennemi qui attaque.
En 1914-1918, l'Angleterre et les États-Unis, beaucoup plus que l'Allemagne, se montrent capables de mobiliser et de centraliser, de contrôler l'information et l'enseignement.
Hitler voudra prendre sa revanche, en mobilisant, en centralisant et en contrôlant encore mieux.
L’univers concentrationnaire
L'univers concentrationnaire fait ses premières armes dans les colonies, avec les massacres, les génocides, qui anticipent l'horreur du 20e siècle.
Avec la mobilisation totale de 1914, se dessine un univers concentrationnaire : conscription obligatoire, tribunaux militaires, peloton d'exécution, législation d'urgence, état de siège. Les automutilations finissent par des condamnations à mort. Les blessés restent sur le front pour que l'arrière ne sache pas ce qui se passe. Avec les décimations et les punitions ou vengeances transversales, nous sommes au-delà de la terreur jacobine. La décimation liquide au hasard, sur la base d'un vague soupçon, pour la discipline.
Il y a la chasse paranoïaque aux agents étrangers, un réseau diffus et solide de contrôle de toute la population, avec espionnage de la vie privée, de la correspondance et des conversations, pour arrêter une diffusion de nouvelles susceptibles de perturber l'intérêt public.
Il y a aussi la mobilisation des moyens d'information : aux États-Unis, 20 ans de prison à celui qui s'exprime de manière déloyale, irrévérencieuse, vulgaire ou illégale sur la Constitution, sur le drapeau, sur les forces militaires, sur le gouvernement, selon le principe qu'il faut renoncer temporairement à la liberté pour la sauver dans le futur.
La discipline militaire s'étend à l'arrière, selon la logique de la mobilisation totale, de la guerre totale, de la politique totale.
Le totalitarisme combine terreur du haut et terreur du bas. Aux États-Unis, le lynchage de la part des patriotes est encouragé par les autorités auprès des personnes d'un faible zèle patriotique.
Les étrangers allemands aux États-Unis voient leur propriété mis sous séquestre. Ils sont marqués par un signe jaune.
Le totalitarisme tsariste
Tandis qu'elle ne recule pas devant les usages de l'artillerie contre ses propres soldats pour assurer la discipline en son sein, l'armée tsariste en retraite a aussi recours à la tactique de la terre brûlée. Les gens sont éloignés de leur foyer, en n'ayant que quelques heures à leur disposition pour arranger leur affaire. Leurs provisions alimentaires, et parfois même leur maison, sont livrées aux flammes sous leurs yeux. La conséquence en est une immigration forcée de masse, avec un torrent de millions d'exilés, sans demeure, sans moyens de transport, sans but, sans nourriture. Les femmes portent dans leurs bras des nouveau-nés qui meurent d'inanition.
L'hystérie patriotique et les exigences de la guerre totale provoquent une chasse à l'homme anti-allemande. Un pogrom anti-allemand barbare se produit en mai 1915 à Moscou. Plus généralement, toute personne entendue parlant allemand risque le lynchage.
L’antisémitisme tsariste et anglais
Les victimes privilégiées sont évidemment les Juifs. L'état-major russe met en garde contre leur travail d'espionnage. Certains sont pris en otage et menacés de mort au cas où « la communauté juive » ne ferait preuve que de peu de loyauté à l'égard de l'armée tsariste. Des prétendus « espions » sont passés par les armes. Surtout, on décide la déportation des Juifs dans les zones menacées par l'avance allemande. La police et les gendarmes traitent les Juifs comme des criminels. Dans un cas, un train est entièrement scellé, et quand il est finalement réouvert, la majeure partie de ceux qui sont dedans sont moribonds. Sur le demi-million de Juifs soumis à cette mesure de déportation, il y a 100 000 survivants.
À la suite des deux révolutions, la chasse aux Juifs, flétris comme bolcheviques, se combine avec la guerre civile internationale contre le nouveau pouvoir soviétique. Tandis que ce dernier s'emploie à combattre l'agitation sanglante par des lois draconiennes, dans le camp opposé les forces britanniques procèdent, au cours de l'été 1918, à la diffusion massive de tracts antisémites lancés par avion. Quelques mois après se déroulent, de la part des Blancs, des pogroms aux proportions bouleversantes, où perdent la vie environ 60 000 Juifs, avec l'appui des alliés, alors engagés dans leur invasion de la Russie. C'est un chapitre de l'histoire qui semble être directement le prélude au génocide nazi.
Dénonciation du totalitarisme
C'est la tradition révolutionnaire, incriminée par le révisionnisme, qui dénonce le totalitarisme de la guerre. Robespierre dit que la guerre concentre toutes les forces entre les mains de l'exécutif dont elle accroît la popularité. L'obéissance aveugle et absolue se répand. La dictature s'installe, le peuple ne devant s'occuper que des événements extérieurs, et non de ses droits. La guerre, qui diminue les libertés, risque de mettre le destin de l'État aux mains de l'armée. Robespierre analyse et dénonce à l'avance le bonapartisme et la dictature jacobine. La guerre stimule le fanatisme, familiarise avec le sang, le carnage, le spectacle des combats, le mépris la liberté. Elle tend vers le génocide, avec à l'arrière une atmosphère d'assassinat rituel.
Apologie de la guerre
Les réactionnaires célèbrent les effets d'unité nationale et d'arrêt du mouvement révolutionnaire par la guerre (il se trouve que cette guerre, de manière imprévisible pour les apprentis sorciers de la guerre, génèrera des mouvements révolutionnaires).
L’usage des groupes paramilitaires pour instaurer la terreur
Partout l'appareil d'État exerce une terreur doublée par la terreur de corps d'armée à caractère privé ou semi-privé. Le droit de représailles ne peut être proclamé officiellement. On fait appel à un appareil d'État de réserve, non lié par les lois ordinaires.
Aux États-Unis, le gouvernement fait usage jusqu'en 1922 de ses pouvoirs de guerre, avec le contrôle de la poste, la censure, les actions contre les grévistes, les radicaux, le tout avec l'utilisation du Ku Klux Klan et des brigades de vigilants. Des brigades blanches terrorisent les Noirs, allant jusqu'à bombarder les quartiers.
En Irlande, en 1916, Dublin est rasé. Les insurgés sont passés par les armes. Les sympathisants sont enfermés dans des camps. Après 1918, les bandes paramilitaires détruisent les quartiers.
En 1919, en Allemagne, les corps francs font des exécutions sommaires, tandis que le gouvernement social-démocrate réprime.
7) Les révisionnistes croient que la propagande est spécifiquement soviétique ou communiste
Pour les révisionnistes, il n’y a que les régimes communistes qui font de la propagande.
En Occident, en 1914, se développe une stigmatisation des ennemis, qualifiés de barbares, parce qu’ils auraient des pratiques « atroces ». Leur déshumanisation est obtenue par l'invention d'atrocités ou par le gonflement et la lecture unilatérale d'atrocités réellement commises.
En 1914, commence la production industrielle à grande échelle des mensonges et demi-vérités, destinés à criminaliser l'ennemi et à détruire son image.
Déjà, au XIXe siècle, la guerre hispano-américaine est préparée aux États-Unis par la production de notes inventées sur la soi-disante exécution de prisonniers désarmés et sur le soi-disant massacre de 300 femmes cubaines par les Mexicains.
D'après la propagande américaine, les Allemands violent femmes et enfants, coupent les langues et les seins (on cherche à faire ressurgir les anxiétés sexuelles et raciales à l'égard des Indiens). Ils empalent et crucifient les hommes (on attribue aux Allemands l'homicide rituel ordinairement attribué aux Juifs). Ils crèvent les yeux, brûlent les villages, utilisent les cadavres pour la production de glycérine et pour la nourriture des Chinois, des musulmans et des porcs.
D’après la même propagande, Guillaume torture les enfants de trois ans.
Bergson attribue aux Allemands la volonté de génocide.
La prolifération de tous ces mensonges ne permet plus de distinguer ce qui est vrai de ce qui est faux, si bien que, pour le révisionnisme et le négationnisme, l'extermination des juifs est un mythe.
8) Les révisionnistes continuent la tradition qui célèbre la guerre
Platon distingue la guerre totale, la guerre sans limite contre les barbares, qui sont tués ou réduits en esclavage, et la guerre civile entre Grecs avec comme limite l'interdiction de la mort ou de l'esclavage des vaincus.
Cicéron distingue la guerre pour l'hégémonie entre concurrents qui se respectent, se reconnaissent, et la guerre contre l'ennemi total, où il ne s'agit pas de décider qui doit dominer mais qui doit survivre.
Avec Érasme, la communauté panhéllenique de Platon devient la république chrétienne. Si les Etats européens veulent saisir les occasions de cultiver le génie et les talents militaires, ce sera dans la lutte contre les Turcs, les Tartares ou les corsaires d'Afrique.
Joseph de Maistre célèbre l'enthousiasme du carnage et justifie l'extermination des Indiens, ces hommes dégradés qui ne sont pas nos semblables.
Fichte condamne Napoléon pour avoir brisé l'unité de la « commune Europe. ». Il aurait mieux fait de se déployer chez les barbares pour calmer la jeunesse européenne.
Nietzsche appelle à l'anéantissement de tout ce qui est dégénéré, en opposant au mouvement ouvrier d'inspiration marxiste la communauté armée de la société guerrière et la civilisation qui repose sur elle, avec le cri de bataille de l'extermination. Il faut des seigneurs de la guerre capable de supporter la cruauté, de causer de la douleur avec plaisir. L'Antéchrist répond au Manifeste du parti communiste. Nietzsche exprime l'espoir que la barbarie des moyens utilisés par les colons et la prise de conscience de la nécessité de maintenir la domination liquident la mièvrerie européenne.
Pendant qu’en France, les Camelots du roi balaient toute résistance à l'instauration du service militaire de trois ans, en 1912, en Allemagne, le président de la Ligue pangermanique dit que la guerre sera le remède à tous les maux sociaux. La guerre réveillera les forces saines, qui élimineront les forces démocratiques par un coup d'Etat.
Pour Schmitt, la « communauté occidentale » doit éviter la « guerre d'anéantissement » à l'intérieur d’elle-même, c’est-à-dire à l’intérieur du monde civilisé, où elle doit se limiter à la « guerre duel ». La tradition révolutionnaire, avec son universalisme, supprime la distinction entre civilisés et barbares, entre guerre-duel et guerre discriminatrice ou d'anéantissement.
La distinction peuple civilisé / peuple non civilisé est la sécularisation de la distinction peuple chrétien / peuple non chrétien. Dans cette optique, toute exclusion de l'Europe est une excommunication. La guerre de religion revient. Churchill parle des Allemands comme de « féroces barbares païens ».
Schmitt condamne aussi les révolutions anticoloniales, causes de l'écroulement du vieux monde eurocentrique et du droit international eurocentrique.
II) Regards sur la révolution américaine
1) L’unité provisoire des révolutionnaires américains contre l’Angleterre
Les colons américains commencent leur rébellion en revendiquant pour eux les mêmes droits que les « droits de l'anglais ». Ils revendiquent une représentation parlementaire correspondante à l'imposition fiscale à leur charge. Devant le refus anglais, certains font appel aux « droits sacrés de l'humanité, qui ne peuvent être effacés ou obscurcis par un pouvoir humain ».
La Glorieuse Révolution anglaise a sa plate-forme idéologique en crise, puisque le droit d'être représenté et les droits politiques sont revendiqués par les Américains comme des droits inaliénables propres à l'homme en tant que tel, et non seulement à l'homme anglais. Ces Américains considèrent que les libertés anglaises ne sont que certains droits naturels réservés aux citoyens anglais par la constitution anglaise.
2) Les indépendantistes exterminent les loyalistes : première fracture entre les révolutionnaires
Ceux qui luttent pour une représentation égale à celle des Anglais se séparent bientôt, sur la question de l’indépendance, entre loyalistes et républicains. Les loyalistes, royalistes et tories, les plus riches et contre l'indépendance, sont terrorisés et expulsés par les républicains. Certains expulsés vont au Canada et aux Indes occidentales (Australie), d'autres retournent en Angleterre. La convention de l'État de New York « décrète que tout partisan du roi d'Angleterre sera considéré comme coupable de trahison et mis à mort ». Les loyalistes sont l'objet d'une chasse à l'homme et sont tués par simple caprice.
3) La mise au pas des pauvres
La Constitution de Philadelphie, qui n'englobe pas les esclaves dans le pacte originel, sert à affronter la révolte des paysans pauvres du Massachusetts.
4) L’extermination des Indiens
Pour les républicains, les Indiens forment une sorte de Vendée barbare. La répression contre les Indiens se caractérise par le sadisme : destruction des villages et des récoltes, massacres des femmes et des enfants. Washington, Jefferson et les pères fondateurs sont engagés dans l'extermination, à tel point que les Indiens en arrivent à regretter la moindre cruauté des Anglais.
5) Les deux traitements possibles des « races inférieures » : la double barbarie des républicains
Le développement de l'espace d'autonomie et d'expansion des Blancs va de pair avec l'oppression croissante des Peaux Rouges et la poursuite de l'esclavage des Noirs.
La déspécification naturaliste des Noirs et des Peaux-Rouges rend plus homogène la communauté blanche et européenne, unie par le sentiment de sa dignité commune. Il y a une familiarité entre les hommes de différentes conditions sociales. Les conflits sont modérés à l'intérieur de la « race civilisée et libre », et il est difficile de réunir dans la catégorie d'homme et de citoyen les membres des « races inférieures ». À l'homogénéité des « Anglais » correspond la totale altérité des Noirs et des Peaux Rouges, exclus de la civilisation et de la dignité.
La déspécification naturaliste prend plusieurs formes.
Le Noir est un instrument de travail utile. L'« élevage des Noirs » est une activité économique florissante, à condition que ces instruments de travail ne changent pas d'état, ce qui est assuré par la peine de mort pour ceux qui enseignent à lire et écrire aux esclaves et la déportation en Afrique des esclaves émancipés. En cas d'agression de la race inférieure, la réaction sera la guerre d'extermination. Le destin des Peaux-Rouges doit servir d'avertissement aux esclaves et ex-esclaves, à ceux qui sont inutiles ou trop remuants.
Les Indiens sont peu efficaces. Un nègre vaut quatre Indiens. En effet, les Indiens se laissent difficilement réduire à l'état d'instrument de travail. De plus, on a besoin des terres indiennes.
Pour Tocqueville, la servilité du Noir le livre à l'esclavage, l'orgueil de l'Indien le livre à la mort. La civilisation a peu de prise sur le Peau-Rouge. Loin de vouloir plier ses moeurs aux nôtres, il s'attache à la barbarie comme un signe distinctif de sa « race », et il repousse la civilisation.
Les déportations successives, toujours plus à l'ouest, vers un horizon toujours plus lointain, sont à la fois une terrible réalité et la métaphore d'un voyage vers nulle part. Le Blanc collabore au dessein divin en distribuant du rhum, sorte d'euthanasie pour une race condamnée et mourante. En cas de résistance, il y a l'extermination.
6) Le totalitarisme et la philosophie de l’histoire, pour les esclavagistes
Pour les esclavagistes, le cours normal de l'histoire comprend l'esclavage. L'État est oppressif quand il impose l'égalité raciale en supprimant l'autonomie des États, à travers une dictature pédagogique, pliant le réel à un schéma rigide. Un tel État oppressif constitue le totalitarisme, représenté par le cauchemar des « Reconstructions », ces périodes de l’histoire américaine qui sont caractérisées par l‘application des principes antiesclavagistes et antiracistes.
Alors que l’esclavage correspond à un stade supérieur de civilisation, la dernière étape de l’histoire, l’histoire qui proclame la fin de l’esclavage n’est qu’une philosophie de l’histoire, orientation dévoyée de l’histoire.
7) La guerre de Sécession, nouvelle fracture entre les révolutionnaires
La révolution se continue pendant la guerre de Sécession. Les forces qui avaient défait les tories, les loyalistes et les paysans pauvres, se divisent et s'affrontent dans la guerre civile de 1861 à 1865. D’un côté, Lincoln et les unionistes veulent perfectionner l'Union. De l’autre côté, les confédérés soulignent les droits de chaque État. Ils veulent rester propriétaires d’esclaves.
8) L’échec de la première Reconstruction, ou la lutte contre l’application de l’abolition de l’esclavage
Le Ku Klux Klan, la guérilla, les bandes armées et la doctrine de la « suprématie blanche » prolongent de 1865 à 1877 la guerre de Sécession, par ce qu’on peut caractériser comme une lutte réussie contre la « première Reconstruction », c’est-à-dire la lutte contre la mise en place de l’abolitionnisme, cette fois avec la neutralité du Nord. Peu à peu, les lois sur l'égalité raciale ne sont pas appliquées. Les esclaves perdent les droits politiques et une partie des droits civils. La législation ratifie la ségrégation dans les écoles, les lieux publics, dans les moyens de transport. La justice est monopolisée par les Blancs et discrimine les Noirs.
9) La seconde Reconstruction
C'est la désobéissance civile, bien plus tard, qui a mis fin à la ségrégation raciale et contraint à reconnaître le délit de l'esclavage. Le gouvernement fédéral contraint les états du Sud dans les années 1969-1970 à reconnaître la citoyenneté politique des Noirs et la fin de la ségrégation raciale. C'est la « seconde Reconstruction », combattue sans succès par les racistes.
10) Révolution française et révolution américaine
Le régime de la « suprématie blanche » est dans l'ensemble terminée. Mais l'écart n'est pas comblé, si bien que les Noirs adoptent souvent des démarches radicales. La société française est plus homogène que l'américaine.
La Révolution française est allée bien plus loin dans l'universalisme qu’une révolution américaine qui a exclu de la citoyenneté tous ceux qui n’étaient pas d’origine européenne.
11) La racisation du peuple japonais pendant la guerre du Pacifique
Pour les révisionnistes, le racisme antijaponais n’existe pas chez les soldats américains, tandis que les bombardements d‘Hiroshima et Nagasaki sont considérés comme une nécessité pour terminer la guerre.
L'idéologie des soldats américains est composée de nationalisme et du préjugé racial à l'égard d'ennemis assimilés à des « nègres », des « chacals », des « hommes singes », des « sous-hommes », constituant une « menace raciale ». Les Marines trouvent de la satisfaction à voir les Japonais se contorsionner et se débattre sous le napalm. Les crânes des Japonais sont des trophées convoités. On apprécie aussi leurs dents en or, arrachées dans la bouche d'ennemis vivants. On fait bouillir les crânes pour faire des ornements de table. On utilise les os comme coupe papier. Le travail sur les crânes et les os renvoie à la guerre contre les Indiens, quand Jackson faisait distribuer de tels souvenirs aux dames du Tennessee. On tire sur les bateaux de sauvetage. On mitraille des civils, on assassine les blessés, on enterre les vivant avec les morts. Les experts disent : « Le crâne de Japonais est de 2000 ans moins développé que le nôtre ».
La conséquence de cette déspécification naturaliste s'est traduit par des projets allant dans la direction du génocide. En 1944, 13 % des Américains sont enclins à l'anéantissement du peuple japonais. Les ennemis jaunes renvoient aux Noirs et aux Peaux-Rouges, aux populations de couleur. Truman considère les Japonais « sauvages, cruels, dépravés, comme des bêtes ». Le général Marshal prévoit des attaques incendiaires généralisées sur les zones habitées. Des bombes à retardement sont utilisées, qui font obstacle aux sauvetages.
12) La racisation du peuple allemand
Les révisionnistes ne se rendent pas compte de l’attitude des alliés anglo-américains à l’égard de l’Allemagne pendant la guerre.
En 1914, l'Allemagne fait l'objet d'une campagne de déspécification politico-morale. L'alternance et l'intrication de la déspécification politico-morale et de la déspécification naturaliste, comme la tendance du passage de l'une à l'autre, s'accentue au cours du second conflit mondial.
L'Allemagne exprime le despotisme, le militarisme, l'Ancien Régime, mais aussi la barbarie des Huns. Tout Allemand est mis en cause. Il n'y a pas de place pour des distinctions à l'intérieur de cette communauté maudite. Il faut les punir, les traiter rudement. Tous les Allemands sont coupables, même si certains sont plus coupables que d'autres. On veut démanteler l'appareil industriel allemand. On veut faire souffrir les Allemands pour leurs péchés. Il faut les castrer.
En lui conférant des caractéristiques permanentes, et en ne tolérant plus de distinctions en son sein, la déspécification naturaliste de l'ennemi ouvre la voie au génocide.
Le gouvernement britannique procède à des bombardements visant à provoquer le plus grand nombre possible de victimes dans la population civile, avec la destruction prioritaire des quartiers populaires à très grande densité urbaine, alors que les bombardements des civils étaient considérés comme des crimes de guerre en 1918. Eisenhower provoque en 1945 la mort de centaines de milliers de prisonniers de guerre allemands, par un régime de famine. Les Allemands sont des Goths, des Vandales, des Huns. On place entre soi et l'ennemi une distance géographique, anthropologique et ethnique. La barbarie n'est plus exclusivement situées dans les colonies.
En 1918, en Allemagne, les milieux libéraux ou proches de la social-démocratie (celle qui veut faire oublier son approbation des crédits de guerres et combattre l'influence communiste), semblent se rallier aux raisons de l'interventionnisme démocratique des États-Unis et de la Grande-Bretagne. Ils transfigurent en pacifistes les États-Unis et dénoncent leur pays comme siège unique du militarisme, du culte de l'État, de l'affirmation de la puissance. Ils oublient les interventions des États-Unis en Amérique latine, qui, selon la propagande américaine, ne sont pas des guerres. Ils voient dans les forces non pacifistes des États-Unis des résidus précapitalistes représentés par les immigrants des pays arriérés.
En 1945, les révisionnistes allemands considèrent que le capitalisme est intrinsèquement pacifiste. Ils célèbrent les formes de vie occidentale. Implicitement, le nazisme a une origine orientale, asiatique, et non occidentale. Il n’est pas de tradition coloniale anglo-saxonne.
13) La racisation de l’Europe
L'Amérique retrace la frontière entre civilisation et barbarie de manière spécifique. La vieille Europe, comme l'Asie et l'Afrique, est exclue de la civilisation.
Les comportements en Europe font penser à ceux des Indiens. L'Angleterre de la guerre d’Indépendance a les mêmes comportements que ceux des Indiens, dans la mesure où leurs bombardementsi frappent la population civile.
En 1916, avant de concentrer sa dénonciation sur l'Allemagne, Wilson accuse le « système européen », qui a entraîné la guerre. En 1939, Roosevelt accuse les pays européens de ne pas savoir régler leurs conflits.
Les pays de l'Occident font partie d'une famille, d'une grande race. Cette race est définie tantôt comme nordique, tantôt comme aryenne ou teutonique ou indo-européenne. On regrette cette guerre entre l’Allemagne et l’Angleterre, « guerre fratricide ». Cette scission de la souche germanique ou indo-germanique suscite des regrets attristés. On proteste contre la « guerre de sécession des Blancs », la « guerre civile blanche », qui constitue un « suicide de la race blanche ».
On proteste contre la présence de soldats noirs et contre l'alliance avec le Japon mongol, qui annulent la distinction entre civilisation et barbarie.
Le bolchevisme, en construisant une alliance globale avec les peuples coloniaux contre l'Occident, en stimulant la marée montante des peuples de couleur, est un ennemi de la civilisation, un traître à la race.
14) Le double standard pour conduire la guerre
Hitler veut la colonisation à l'est pour éviter le « combat fratricide » avec l'Angleterre. La guerre entre l'Allemagne et l'Angleterre serait un « crime racial ». Rosenberg célèbre les valeurs de l'Occident, les valeurs germanico-occidentales, menacées par le chaos des peuples.
Avec la France, la Grande-Bretagne et des États-Unis, Hitler respecte les usages de la guerre chevaleresque, mais à l'est il pratique une guerre d'extermination, une guerre coloniale contre les barbares. Les ennemis occidentaux sont placés dans le cadre de la civilisation.
Ce double standard dans la manière de conduire la guerre est également celui des États-Unis. La fureur des États-Unis contre l'Allemagne n'est pas comparable avec les campagnes d'extermination des populations indiennes rebelles (tel le massacre de Sand Creek de 1864).
III) Regards sur la révolution anglaise
La révolution anglaise comporte trois étapes. La première étape est la réforme anglicane. Les monastères sont dissous. D'immenses propriétés passent à la Couronne. De nombreux propriétaires ruraux, liés à la Couronne ou au régime ecclésiastique anglican, s'implantent. Après cette grande révolution anticléricale et nationaliste, arrive la Grande Rébellion de 1648, puis la Glorieuse Révolution de 1688, toutes deux caractérisées par des effusions de sang, la dernière suivie par les génocides en Écosse et en Irlande, en Écosse jusqu'en 1746, en Irlande jusqu'au 19e siècle.
Révolution française et révolution anglaise
Le révisionnisme historique dénonce la Terreur et .le génocide des révolutionnaires français en Vendée, oubliant la terreur blanche et les atrocités de la monarchie, des féodaux et de leurs alliés coalisés. Cette dénonciation s’accompagne d’une mise en parenthèse des génocides accomplis par les révolutionnaires anglais en Écosse et en Irlande, si bien que la comparaison entre la Révolution française et la révolution anglaise est toujours en faveur de cette dernière.
IV) Regards sur la révolution russe
1) La première révolution russe n’est pas pour la paix et dérive vers l’absence de démocratie
Milioukov voit dans la révolution de février l'instrument pour donner une nouvelle impulsion à la guerre, renforcer l'enthousiasme et l'esprit de sacrifice pour conquérir les Détroits, tandis que les soviets veulent arrêter la guerre.
Kerenski, devenu en juillet 1917 président du conseil, cherche à instaurer une sorte de dictature, avec l'accord de Kornilov, général des cosaques et commandant suprême, qui réintroduit la peine de mort au front, avec l'ordre de tirer sur les unités qui abandonnent leurs positions, et avec Savinkov, vice-ministre de la guerre, qui prévoit l'extension de la peine capitale aux troupes de l'arrière, la militarisation des transports ferroviaires, la loi martiale dans les industries de guerre, la restitution de l'autorité aux officiers avec réduction correspondante du pouvoir des comités militaires.
Pour la bourgeoisie, les chefs militaires et les mencheviks, il faut se débarrasser des soviets, arrêter les bolcheviques, fusiller les leaders.
L'épreuve de force est inévitable.
Les bolcheviques se servent de l'opinion selon laquelle la bourgeoisie est responsable de la guerre, ce qui n'est pas sans fondement, puisque la guerre est considérée, par le tsarisme et les forces bourgeoises qui le soutiennent ou qui en continuent l’esprit, comme une prophylaxie, un instrument de politique intérieure, le salut pour un régime menacé, un antidote au radicalisme. Pour échapper à « la guerre civile meurtrière », il faut « une splendide petite guerre », « une petite guerre victorieuse », détournant l'attention des conflits internes. La soif de gloire et de conquête s'opposerait ainsi au matérialisme et à la mesquine comptabilité de l'agitateur socialiste. La guerre est célébrée comme un jeu esthétique et pédagogique par les philanthropes sentimentaux qui se réjouissent de la douleur et du danger. Ce qui n'a pas été prévu, c'est que cette petite guerre merveilleuse, supposée être un remède à une possible guerre civile meurtrière, se transforme en une vraie guerre civile meurtrière.
2) Les bolcheviks ne prennent pas le pouvoir par la force mais par l’hégémonie
Alors que les États-Unis et l'Italie épurent leurs organes représentatifs, les bolcheviques dissolvent l'assemblée constituante, dans la mesure où l'autorité des socialistes révolutionnaires est totalement compromise aux yeux du peuple, d’où la possibilité d’un chaos pouvant déboucher sur la désagrégation, les pogroms et la terreur blanche. Les bolcheviques proclament le soulèvement bolchevique juste avant que n'éclate ce qui ne pouvait être autre chose qu’une grande révolte anarchique.
Ce soi-disant coup d'État bolchevique est caractérisé par l'hégémonie des bolcheviques, non par la violence des bolcheviks sur la population. Le réseau des soviets se radicalise en constituant un État parallèle, auquel il fallait une direction. Cette direction fut celle du parti bolchevique, puisque les bolcheviques avaient la majorité dans les soviets.
Les troupes de Kornilov succombent sous l'ouragan des paroles.
La contre-offensive de Kerenski en octobre 1917 échoue à cause de l'agitation bolchevique, c’est-à-dire la capacité à exercer l'hégémonie politique des bolcheviques.
En 1919, Churchill s'oppose à une trêve entre Koltchak et les bolcheviques de peur de la propagande bolchevique.
3) La collectivisation soviétique en Ukraine est une guerre civile.
La collectivisation de l'agriculture imposée par Staline, particulièrement en Ukraine, nomme en fait une guerre civile. A la « révolution » stalinienne dans les campagnes répond la lutte des partisans. La guerre civile se ranime. Les dirigeants ukrainiens qui, avec Staline et contre Boukharine, étaient pour la collectivisation, devant la réalité de la collectivisation, demandent la destitution de Staline, qui réussit à les exclure du parti. L'insurrection paysanne prend la forme d'un mouvement nationaliste séparatiste, avec des modalités atroces et une réaction impitoyable, avec des désaccords dans la répression, des suicides et des folies des responsables de la répression. Comme les campagnes sont habitées par des minorités nationales, la déspécification morale propre à l'idéologie révolutionnaire s'intrique avec des formes de déspécification naturaliste. Cela fait penser aux guerres coloniales.
Pour les théoriciens staliniens, l'industrie, pour se développer, doit exploiter cette colonie interne constituée par l'agriculture et les secteurs où dominent les formes économiques présocialistes. Mais cette colonie subsume un nombre énorme de paysans et l'ensemble des minorités nationales. La question agraire est liée à la question nationale et religieuse.
L'univers concentrationnaire, avec les camps, les déportations, le travail forcé, qui accompagne l'accumulation primitive du capital accompagne aussi l'accumulation socialiste primitive.
Cependant, la répression contre les contre-révolutionnaires n’est pas totale puisqu’elle s'accompagne de la collaboration des soldats aux travaux ruraux et de la valorisation par le gouvernement des caractéristiques nationales. Les chants et les danses ukrainiennes apparaissent dans les cérémonies et les spectacles. Les écoles comportent un enseignement en ukrainien. Les rapports entre gouvernement central et autorités ukrainiennes connaissent donc des hauts et des bas.
En plus des exigences de la guerre totale et du fanatisme idéologique, la férocité de la répression des Ukrainiens renvoie à la tradition coloniale prérévolutionnaire.
Un général du GPU se suicide en criant : « cela n'est pas le communisme, mais une horreur ».
Une prise de position constante du pouvoir soviétique et du parti bolchevique sur la déspécification naturaliste est impossible pour des raisons idéologiques. Staline condamne les «assimilationnistes» turcs, les «germanisateurs» et les «russificateurs», disant que le socialisme comporte le développement de la langue et des particularités nationales. Vouloir déclarer la guerre à la culture nationale, c'est être partisan de la colonisation. Ces déclarations sont en déphasage par rapport à ce qui est mis en oeuvre, mais elles ne sont pas sans portée dans un régime de mobilisation idéologique et d'endoctrinement. L'idéologie ne programme pas l'anéantissement biologique d'une classe. Il s'agit de rééduquer les individus, pour liquider socialement la classe. Les koulaks retrouvent certains de leurs droits. Des prisonniers du goulag peuvent s'enrôler dans l'armée.
4) Les soviétiques et le respect de l’ennemi
Pour les révisionnistes, les soviétiques, mais non les tsaristes, sont barbares dans la conduite de la guerre.
En 1914, en Prusse orientale, les troupes tsaristes sont d'une fureur bestiale. Guillaume II y voit une question raciale et il conclut que la paix n'est pas possible entre les Slaves et les Germains. C'est de ce programme dont hérite Hitler et qu'il radicalise.
Au moment où les autorités soviétiques appellent à un comportement digne, au respect des prisonniers et de la population civile, Roosevelt se dit « assoiffé de sang envers les Allemands ».
Les soldats soviétiques nouvellement recrutés ont eu des parents tués, torturés ou déportés. Malgré cela, la répression des autorités soviétiques contre les actes de barbarie de leurs soldats sont réprimés.
Lénine ne met pas le déclenchement de la guerre sur le compte exclusif d'un peuple allemand imaginaire. Lors de la «paix de brigandage» de Brest Litovsk, Lénine compare sa lutte à la lutte de la Prusse contre Napoléon. Et il caractérise le traité de Versailles comme plus féroce que celui de Brest Litovsk. Il n'y a pas de place chez lui pour la racisation des Allemands.
Il n’y a pas chez Staline non plus de racisation des Allemands. Les bandes fascistes et les gardes blancs sont comparés aux Cent-Noirs, les bandes armées de la réaction dans la Russie tsariste. Staline n'identifie pas « la clique hitlérienne avec le peuple allemand, avec l'État allemand. Les Hitler vont et viennent, mais le peuple allemand, l'État allemand reste. » L'armée Rouge « ne nourrit aucune haine raciale contre d' autres peuples, pas même contre le peuple allemand ». Staline rappelle à l'ordre Ehrenbourg pour avoir affirmé que les Allemands sont « tous de la même bande ».
Staline dénonce le régime nazi comme le continuateur du tsarisme. « Les hitlériens foulent au pied les droits des ouvriers, les droits des intellectuels et les droits des peuples, tout comme les a foulés aux pieds le tsarisme. Les hitlériens déchaînent des pogroms médiévaux contre les juifs tout comme les a déchaînés le régime tsariste. Le parti hitlérien est un parti des ennemis des libertés démocratiques, un parti de la réaction moyenâgeuse et des pogroms les plus noirs. »
En 1945, l’attitude soviétique envers les Juifs est vécue par ces derniers de manière positive, alors que l’attitude de la Grande-Bretagne et des États-Unis est mal jugée. Arendt déplore en 1948 l'orientation prosoviétique des sionistes, qui condamnent la Grande-Bretagne comme « antisémite » et les États-Unis comme « impérialistes ».
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V) Regards sur le nazisme
1) Les « déserts» à civiliser
Hitler se prépare à la construction des « Indes allemandes », à la conquête d'un espace vital semblable au Far-West. La précédente expansion coloniale allemande était trop vulnérable. Il faut à l'Allemagne un empire continental solide, tirant parti de la désagrégation de la Russie tsariste, en évitant le combat fratricide avec les puissances anglo-saxonnes.
Hitler compare à un « désert » les espaces à conquérir, de la même façon que Tocqueville parle de l'Amérique à l'époque de la découverte (les Indiens occupaient mais ne possédaient pas. C'est par l'agriculture que l'homme s'approprie le sol. Les vices des Indiens les livrent à une destruction inévitable. La Providence n'a donné aux Indiens qu'un court usufruit. Les Américains luttent contre le désert et la barbarie. Le désert ne devient habité que lors de l'arrivée des Européens).
Hitler accompagne l'installation des civils allemands par des déportations, des avortements forcés, la suppression des services de santé, la suppression des vaccinations, la mise en danger de la population et la mise à l’écart des troupes d'occupations, pour éviter l'adoucissement et l'humanisation des troupes au contact des populations. D'un côté on extermine, de l'autre on utilise la population comme instrument de travail, en lui apprenant l'allemand juste assez pour qu'elle puisse comprendre les maîtres. L'intelligentsia est exterminée. Les couches sociales susceptibles de maintenir la conscience nationale sont liquidées.
2) Des origines de l’antisémitisme nazi
L’URSS et les communistes sont considérés par les révisionnistes comme les plus antisémites. Qu’en est-il exactement ? L’antisémitisme nazi serait-il dérivé de l’antisémitisme supposé des communistes ?
Calvin considère que la volonté d'enclore le règne du Christ dans ce monde est une folie judaïque.
Joseph de Maistre attribue la révolution aux philosophes et aux juifs, alliés aux Lumières.
Burke, la référence des révisionnistes et de Furet en particulier, dénonce dans la Révolution française le complot intellectuel et juif contre la religion chrétienne. Son traducteur français attribue la Révolution française à l'intelligence, la stupide et criminelle intelligence, et aux Juifs. L'origine de la révolution est dans les théories abstraites et universalistes élaborées par des intellectuels déracinés, sans lien avec la tradition, pleins de ressentiment contre les dominants. Les Juifs transforment tout en concept général et abstrait. Le peuple juif est le peuple du ressentiment.
Pour Nietzsche, de même que la dialectique, cette forme de vengeance plébéienne, est typiquement judaïque, l'esprit révolutionnaire est en continuité avec le « l'indigne sentence juive du Ciel sur la terre ».
Pour Sombart, le Juif incarne la rationalité, l'abstraction, sans la plasticité, la concrétude du sensible. Le Juif est le doctrinaire et le constructeur né, homme de principes qui pense volontiers selon des systèmes et qui croit aussi qu'il est désirable de conformer la réalité concrète à des systèmes logiques. Il connaît seulement des individus abstraits, une humanité abstraite, non la société historique, le peuple avec son histoire particulière. Il a une attitude éthique, le fanatisme de la justice, le messianisme, l'espérance de la rédemption du mal dans ce monde.
Henri Ford, le grand industriel américain, soutient l'origine raciale, juive, des bolcheviques, et jette l'opprobre sur le bolchevisme et le judaïsme, phénomènes asiatiques étrangers à l'Occident. Il publie sur le complot judéo-bolchevique. En 1920, sa revue, « le Juif international », est une référence de l'antisémitisme international et des hitlériens.
3) L’attitude de Hitler à l’égard des Juifs, des bolcheviques et des Slaves
Pour Hitler, l'agent pathogène est « l'ergoteur talmudique » prêt à toutes les « jongleries verbales » et doué de la seule aptitude à « jeter la confusion dans les choses les plus simples, à tout embrouiller ». Il faut dépister le « virus juif », qui a inventé la théorie de la lutte des classes. Le Juif est le protagoniste de toute les subversions et conspirations, y compris celles des deux conflits mondiaux qui visaient l'Allemagne et l'ordre hiérarchique des races et des classes.
Les Juifs participent à la fois à la condition des Noirs, quand ils sont incorporés à l'univers du travail forcé, et à la condition des Peaux-Rouges, quand ils sont destinés à la liquidation.
Les Juifs ne sont pas reconnaissables par la couleur de leur peau. Moins elle est visible, plus l'altérité est insurmontable et doit être mise en évidence par des ghettos et par des signes distinctifs, pour que soit contenu et contrôlé cet élément étranger au coeur de la civilisation, menace pour sa santé et sa solidarité.
Le sort des bolcheviques doit être analogue à celui des Juifs, puisque, en appelant à la solidarité avec les peuples en lutte contre le colonialisme, ils rendent impossibles la construction de l'empire colonial voulu par Hitler.
Avec l'agression contre l'URSS, intervient la guerre sainte pour la défense de la civilisation. Le judaïsme, réserve intellectuelle du bolchevisme, doit être anéanti. Il faut neutraliser le virus de l'infection, le virus destructeur de la civilisation.
. Loin d’éviter la naturalisation du conflit en donnant une représentation qui déchire transversalement l'ennemi, le troisième Reich, malgré sa proclamation de croisade antibolchevique, ne s'écarte jamais réellement de la vision du conflit comme rencontre mortelle entre Slaves et