13 mars 2006, conférence de Michel Warschawski à Chambéry
On est à mi-chemin de deux élections. Les élections au conseil législatif palestinien ont été transparentes, démocratiques, joyeuses, précédées par un débat riche et libre. Le résultat a été une alternance sans violence. Les élections en Israël sont, au contraire, l'objet d'une campagne terne, morne, dans l'indifférence. Autrefois, il y avait beaucoup de discussions avec des taux d'audience importants. Maintenant, dans l'indifférence, on ne sait pas quel est le député pour lequel on va voter. Certains députés et certains partis sont sans programme, sans vision. C'est le cas du parti donné gagnant dans les sondages.
Les électeurs israéliens privilégient trois demandes aux partis politiques.
Il y a d'abord la demande de séparation. On ne veut plus voir les Palestiniens. L'extrême droite demande le transfert des Palestiniens au-delà du Jourdain. Le Likoud voudrait achever le Mur, enfermer la population palestinienne dans des cantons, liés éventuellement par des ponts et des tunnels. Les travaillistes veulent donner aux Palestiniens un État.
La deuxième demande des électeurs est que le gouvernement débloque le statut quo, que la situation évolue. L'occupation « provisoire » dure toujours. Ce que l'on fait ne doit pas dépendre de conditions qui, en définitive, empêchent de faire. Ce qu'il y a à faire, il faut le faire maintenant, que ce soit de manière unilatérale ou par négociation. Dans leur concurrence électorale, les partis, s'ils veulent gagner, doivent promettre une autre carte de la colonisation, une carte où, évidemment, les Israéliens ne verront plus les Palestiniens.
La dernière demande des Israéliens, c'est qu'on arrête le discours de la peur. La concurrence entre les partis était entre celui qui allait être le plus fort dans la guerre contre le terrorisme. Netanyaou est le champion dans cette logique de vengeance et d'escalade de la violence : « moi, je saurai combattre et je leur ferai payer le double ». L'opinion est fatiguée de ce discours. L'opinion veut des partis qui calment le jeu. Elle a besoin de normalité.
La politique du prochain gouvernement ne sera pas la politique de Sharon. Sharon avait un projet global à long terme. Ceux qui l'ont précédé ne faisaient que gérer et ceux qui le suivront ne feront que gérer. On va revenir à la gestion : tous les matins le chef du gouvernement consultera les sondages et prendra connaissance de ce qui se dit à Washington. Sharon ne tenait pas compte des sondages. Il n'avait pas peur de mener des politiques impopulaires. Il n'avait pas peur d'être minoritaire. Il n'avait pas peur de dire non à Washington. Et il ne cachait pas ses plans.
Le plan de Sharon tenait en trois points : coloniser, casser, cantoniser.
Coloniser, c'est l'objectif. Comme la colonisation de la Palestine n'est pas terminée, il ne faut pas fixer les frontières maintenant. Les droits historiques, le droit international ou les promesses divines ne garantissent pas les frontières : la frontière sera là où notre tracteur tracera un sillon. Coloniser, c'est donc construire des villes, des routes, entreprendre une agriculture, montrer que cette terre est à nous, car on y est, non par ce que telle résolution de l'ONU ou telle promesse divine nous y autorise. Il ne faut pas hésiter. Il faut avoir foi dans le grand Israël recouvrant l'ensemble de la Palestine. En attendant, il faut créer des continuités territoriales entre les colonies, créer des routes, des centres commerciaux et de nouvelles colonies.
Le deuxième aspect du plan Sharon est de casser la volonté palestinienne, sans compromis. Il s'agit de mettre à genoux le peuple palestinien, casser sa capacité à exprimer une volonté politique au niveau international. Il ne s'agit pas de répondre aux demandes des Palestiniens. Il s'agit de traiter la « question palestinienne », c'est-à-dire d'étendre l'État juif de la Méditerranée au Jourdain. Le rêve est le « transfert », c'est-à-dire faire de la Jordanie l'État palestinien. Pour Sharon, ce rêve n'est pas réaliste.
Le troisième aspect de la stratégie de Sharon, c'est la cantonisation. Il faut concentrer les Palestiniens dans des zones bien déterminées, l'équivalent des réserves pour Indiens, des bantoustans d'Afrique du Sud ou des villages stratégiques du Vietnam. Ce processus s'appelle le « petit transfert ». Les Palestiniens seront des trous dans le gruyère israélien. Trois à quatre millions de personnes dans les trous. Les Palestiniens y seront présents absents. Présents, parce qu'ils auront le droit de vote et le droit d'être élu. Absents, parce qu'ils n'ont pas le droit de propriété. Israël ne s'intéressera pas à ce qui se passe dans ces trous. La prison idéale, c'est la prison autogérée. Les prisonniers s'occupent de la cuisine, de la discipline, de la bibliothèque et de l'administration, tandis que que les murailles et les portes sont contrôlées strictement. C'est moins cher et c'est plus calme. Avec l'arrivée du Hamas au gouvernement, on fera faire aux prisonniers une cure d'amaigrissement, avec l'assistance humanitaire de l'Europe : les Palestiniens feront du régime, sans crever, grâce à l'aide humanitaire européenne. Ce plan stratégique de Sharon se termine avec son absence du gouvernement.
La nouvelle politique israélienne sera donc une gestion au jour le jour. À la suite du succès du Hamas aux élections, Washington pense qu'il ne faut pas donner l'argent des taxes palestiniennes au gouvernement palestinien : le gouvernement israélien suit la suggestion américaine. Washington change d'avis : « il faut donner l'argent ». Le gouvernement israélien donne l'argent, un argent qui, d'ailleurs, appartient aux Palestiniens. Et ainsi de suite. La communauté internationale va avoir à nouveau des responsabilités. Sharon était obstiné, ce qui tétanisait les velléités de faire pression sur le gouvernement israélien. Maintenant, le gouvernement israélien sera pressurisable, faible, sensible à l'opinion, aux partis et aux pressions internationales.
L'Europe a adopté des résolutions reprenant les résolutions de l'ONU : retrait, décolonisation, etc.. Mais l’Europe oublie ses signatures et dit que le Moyen-Orient est une zone américaine où l'Europe ne peut apporter qu'une aide humanitaire ou colmater les brèches. Cependant, l'Europe est par exemple signataire de la « Feuille de route » qui, dans son article premier, demande le gel de la colonisation, le gel de la construction des routes entre les colonies, etc.. Ce qui est décisif et donc prioritaire, c'est la mise en oeuvre de cet article premier. Il faut bien se rendre compte de la difficulté : le consensus de la classe politique israélienne repose sur la poursuite de la colonisation. Les Israéliens seraient d'accord pour négocier sur la libération des prisonniers, d'autant qu'il y a le calcul que la libération de Barghouti permettrait de construire une alternative au Hamas. Les Israéliens sont d'accord pour la reconnaissance de l'État palestinien. Les Israéliens accepteraient d'arrêter les assassinats ciblés, qui sont à la fois des crimes de guerre et des représailles stupides, par esprit de vengeance. Mais si les Israéliens ne veulent pas vraiment négocier, c'est qu'ils ne veulent pas négocier sur les colonies, c'est-à-dire sur les frontières de l'État palestinien. Les Israéliens veulent continuer l'insularisation de la Palestine, le développement des colonies et la continuité territoriale entre les colonies, si besoin par la construction de routes et d'autoroutes strictement réservées aux seuls Israéliens, des routes de l'apartheid. Arafat était un héros car, s'il admettait le compromis historique de la reconnaissance de l'État d'Israël, il était intraitable sur les frontières de janvier 1967.
Le coeur du problème, c'est le développement des colonies. Il faut arrêter. D'abord arrêter la colonisation, ensuite faire marche arrière, c'est-à-dire décoloniser, démanteler les colonies israéliennes en territoire palestinien, territoire défini par les frontières de janvier 1967. La raison de l'échec d'Oslo, c'est que, pendant les négociations, le gouvernement israélien continuait de construire et de développer de nouvelles colonies. Il aurait fallu, pendant les négociations, le gel de la colonisation. D'abord, il faut un armistice, c'est-à-dire non seulement arrêter les bombes, mais aussi arrêter la colonisation.
Il existe déjà, de la part de la société civile, un observatoire de la colonisation, avec un rapport en temps réel sur l'élargissement des colonies, ce qui est détruit de ce qui appartient aux Palestiniens, et ce qui est construit pour les colons en territoire palestinien. La Communauté européenne doit non seulement créer un observatoire de l'application du gel de la colonisation inscrit dans la Feuille de route, mais aussi donner les moyens pour sanctionner la non-application de la Feuille de route. Des commissions ministérielles doivent aller voir sur place ce qu'il en est du gel de la colonisation et faire un rapport à la Communauté européenne et aux Parlements. Si les gouvernements européens, les Parlements et la Communauté européenne ne prenaient pas leur responsabilité, des missions civiles devraient se constituer pour aller observer et rendre compte à l'opinion publique, laquelle fera pression sur ses gouvernements. Il faut profiter de cette fenêtre d'opportunité que constitue l'affaiblissement de la volonté politique israélienne consécutive au départ de Sharon, pour demander l'arrêt de la construction des colonies, l'arrêt de la construction des routes entre les colonies et réservées aux colons et l'arrêt de la construction du Mur.
L'évacuation de Gaza ?
L'évacuation de Gaza fait partie du plan qui consiste à autonomiser les zones à forte concentration de population palestinienne tout en les séparant de la population israélienne. Les Israéliens disent : « nous ne voulons pas gérer Gaza ». Mais ils veulent contrôler toutes les frontières de Gaza, y compris la frontière avec l'Égypte, y compris le bord de mer, y compris les départs et arrivées d'avions.
L'évacuation de Gaza fait partie du plan qui consiste à autonomiser les zones à forte concentration de population palestinienne tout en les séparant de la population israélienne. Les Israéliens disent : « nous ne voulons pas gérer Gaza ». Mais ils veulent contrôler toutes les frontières de Gaza, y compris la frontière avec l'Égypte, y compris le bord de mer, y compris les départs et arrivées d'avions.En Cisjordanie, il y aura d'autres redéploiements et quelques rares démantèlements de colonies, avec les déplacements de population palestinienne correspondants.
La charte du Hamas, obstacle à la paix?
La charte du Likoud parle d'un Israël de la Méditerranée jusqu'à l'Euphrate. La charte du Hamas ne reconnaît pas Israël. Les chartes sont caduques. Elles ne constituent pas des politiques. Ce qui est important, ce sont les plans politiques réels, les discours, les objectifs réels.
La charte du Likoud parle d'un Israël de la Méditerranée jusqu'à l'Euphrate. La charte du Hamas ne reconnaît pas Israël. Les chartes sont caduques. Elles ne constituent pas des politiques. Ce qui est important, ce sont les plans politiques réels, les discours, les objectifs réels.Le coût de la colonisation ?
L'apartheid coûte cher. Israël est un pays riche, mais à population pauvre. 35 % des enfants israéliens sont sous le seuil de pauvreté. Le gouvernement coupe les budgets de la santé et de l'école, si bien que la santé est à plusieurs vitesses et l'école est à plusieurs vitesses. C'est le résultat du néolibéralisme, mais aussi celui de la colonisation et de ses besoins sécuritaires.
L'apartheid coûte cher. Israël est un pays riche, mais à population pauvre. 35 % des enfants israéliens sont sous le seuil de pauvreté. Le gouvernement coupe les budgets de la santé et de l'école, si bien que la santé est à plusieurs vitesses et l'école est à plusieurs vitesses. C'est le résultat du néolibéralisme, mais aussi celui de la colonisation et de ses besoins sécuritaires.L'idéal sioniste et la réalité israélienne ?
L'idéal sioniste des années 1950, socialiste, solidaire, avec des kibboutz et des coopératives, se réalisait avec les seuls Juifs, sur le dos des Palestiniens. Ce sont les Palestiniens qui ont construit des grandes villes israéliennes.
L'idéal sioniste des années 1950, socialiste, solidaire, avec des kibboutz et des coopératives, se réalisait avec les seuls Juifs, sur le dos des Palestiniens. Ce sont les Palestiniens qui ont construit des grandes villes israéliennes.Israël actuel, c'est le néolibéralisme sauvage, cannibale, brutal, vulgaire, sans compassion. Le pauvre y est méprisé.
Une absence d'interlocuteurs chez les Palestiniens ?
Ce qui caractérise la politique israélienne, c'est le refus des négociations. Arafat était un terroriste avec qui on ne pouvait discuter. Abou Mazen était plus malin qu'Arafat, qui au moins s'affichait en treillis militaire. Les Palestiniens disent : « arrêtez de vous moquer de nous ». Ce qui menace Israël, ce n'est pas l'islamisme du Hamas. Le Hamas a un projet politique clair. Il accepte les résolutions de l'OLP.
Ce qui caractérise la politique israélienne, c'est le refus des négociations. Arafat était un terroriste avec qui on ne pouvait discuter. Abou Mazen était plus malin qu'Arafat, qui au moins s'affichait en treillis militaire. Les Palestiniens disent : « arrêtez de vous moquer de nous ». Ce qui menace Israël, ce n'est pas l'islamisme du Hamas. Le Hamas a un projet politique clair. Il accepte les résolutions de l'OLP.L'immigration et l'émigration en Israël ?
L'immigration en Israël est actuellement très réduite. Elle est essentiellement idéologique, religieuse, voire intégriste, d'origine franco-américaine. Il y a un nombre important de travailleurs non juifs non arabes, des Philippins, des Thaïlandais, des Turcs, des Chinois, des Nigériens. Ils sont 800 000, sur les 7 millions d'habitants d'Israël. Ils constituent des nouvelles communautés. Les Philippins s'occupent des services à la personne. Les Thaïs sont dans l'agriculture. À la suite de longues procédures, la Cour suprême donne accès aux écoles et aux soins à ces nouvelles communautés.
L'immigration en Israël est actuellement très réduite. Elle est essentiellement idéologique, religieuse, voire intégriste, d'origine franco-américaine. Il y a un nombre important de travailleurs non juifs non arabes, des Philippins, des Thaïlandais, des Turcs, des Chinois, des Nigériens. Ils sont 800 000, sur les 7 millions d'habitants d'Israël. Ils constituent des nouvelles communautés. Les Philippins s'occupent des services à la personne. Les Thaïs sont dans l'agriculture. À la suite de longues procédures, la Cour suprême donne accès aux écoles et aux soins à ces nouvelles communautés.Les enfants des classes moyennes, laïques, urbaines et de gauche émigrent. Ceux qui n'émigrent pas sont là, mais ne sont plus là, c'est-à-dire qu'ils émigrent dans leur tête. Ces jeunes sont mondialisés. Ils vont faire leurs études à Bruxelles ou aux États-Unis. Ils reviennent pendant leurs vacances. Ils ne sont plus dans la réalité israélienne. C'est une hémorragie pour Israël.
Chez les Palestiniens, ce sont ceux qui ont de l'argent qui partent, pour ne pas faire supporter à leurs enfants ce quotidien si difficile. Les chrétiens partent proportionnellement en plus grand nombre, car ils ont plus longtemps étudié et ont souvent des cousins à l'étranger. Les cadres partent, ce qui est un déficit pour la société palestinienne.
La ségrégation en Israël ?
En Israël, les citoyens ne sont pas égaux. En France, un citoyen possède le 60 millionième du pouvoir. Un Juif qui arrive en Israël est immédiatement naturalisé. Mais pour un non-Juif, le processus de naturalisation est presque impossible. La terre n'appartient pas aux citoyens mais au peuple juif. Autrement dit, un Juif français a une part sur la terre israélienne. La citoyen palestinien n'a pas de part sur la terre israélienne. En Israël, on ne peut pas vendre ou louer à des non-Juifs. Un citoyen israélien qui veut vivre avec une Palestinienne de Jénine doit aller vivre avec elle à Jénine. Il y a donc une discrimination constitutionnelle entre les Juifs et les non-Juifs.
En Israël, les citoyens ne sont pas égaux. En France, un citoyen possède le 60 millionième du pouvoir. Un Juif qui arrive en Israël est immédiatement naturalisé. Mais pour un non-Juif, le processus de naturalisation est presque impossible. La terre n'appartient pas aux citoyens mais au peuple juif. Autrement dit, un Juif français a une part sur la terre israélienne. La citoyen palestinien n'a pas de part sur la terre israélienne. En Israël, on ne peut pas vendre ou louer à des non-Juifs. Un citoyen israélien qui veut vivre avec une Palestinienne de Jénine doit aller vivre avec elle à Jénine. Il y a donc une discrimination constitutionnelle entre les Juifs et les non-Juifs.Le mouvement pour la paix en Israël ?
Le mouvement pour la paix en Israël est devenu moins efficace. Il y a cependant des militants hyperactifs, les refuzniks, de plus en plus nombreux, y compris parmi les officiers. Il y a des mouvements qui créent avec les mouvements palestiniens, le long du Mur, des espaces binationaux, où s'exprime une fraternité nouvelle, spontanée. Il y a les observatrices des barrages israéliens. Mais cette aile avant-gardiste, la « petite roue », n'entraîne plus la « grande roue » que constitue le mouvement La Paix Maintenant. Le jour où la petite roue accrochera la grande roue, l'opinion et le gouvernement se sentiront concernés, comme cela a été le cas au moment de la reconnaissance de l'OLP et au moment du retrait du Liban.
Le mouvement pour la paix en Israël est devenu moins efficace. Il y a cependant des militants hyperactifs, les refuzniks, de plus en plus nombreux, y compris parmi les officiers. Il y a des mouvements qui créent avec les mouvements palestiniens, le long du Mur, des espaces binationaux, où s'exprime une fraternité nouvelle, spontanée. Il y a les observatrices des barrages israéliens. Mais cette aile avant-gardiste, la », n'entraîne plus la « » que constitue le mouvement La Paix Maintenant. Le jour où la petite roue accrochera la grande roue, l'opinion et le gouvernement se sentiront concernés, comme cela a été le cas au moment de la reconnaissance de l'OLP et au moment du retrait du Liban.Y a-t-il une jonction entre les mouvements sociaux et les mouvements politiques en Israël?
La jonction des mouvements sociaux, pour la démocratie et les droits sociaux, et des mouvements politiques, pour la fin de la colonisation, n'est pas encore arrivé. On entend souvent dans la contestation syndicale : « on ne s'occupe pas de politique ». Cependant, est en train de se constituer un Forum social israélien.
La jonction des mouvements sociaux, pour la démocratie et les droits sociaux, et des mouvements politiques, pour la fin de la colonisation, n'est pas encore arrivé. On entend souvent dans la contestation syndicale : « on ne s'occupe pas de politique ». Cependant, est en train de se constituer un Forum social israélien.L'évacuation de Gaza fait partie du plan qui consiste à autonomiser les zones à forte concentration de population palestinienne tout en les séparant de la population israélienne. Les Israéliens disent : « nous ne voulons pas gérer Gaza ». Mais ils veulent contrôler toutes les frontières de Gaza, y compris la frontière avec l'Égypte, y compris le bord de mer, y compris les départs et arrivées d'avions.La charte du Likoud parle d'un Israël de la Méditerranée jusqu'à l'Euphrate. La charte du Hamas ne reconnaît pas Israël. Les chartes sont caduques. Elles ne constituent pas des politiques. Ce qui est important, ce sont les plans politiques réels, les discours, les objectifs réels.L'apartheid coûte cher. Israël est un pays riche, mais à population pauvre. 35 % des enfants israéliens sont sous le seuil de pauvreté. Le gouvernement coupe les budgets de la santé et de l'école, si bien que la santé est à plusieurs vitesses et l'école est à plusieurs vitesses. C'est le résultat du néolibéralisme, mais aussi celui de la colonisation et de ses besoins sécuritaires.L'idéal sioniste des années 1950, socialiste, solidaire, avec des kibboutz et des coopératives, se réalisait avec les seuls Juifs, sur le dos des Palestiniens. Ce sont les Palestiniens qui ont construit des grandes villes israéliennes.Ce qui caractérise la politique israélienne, c'est le refus des négociations. Arafat était un terroriste avec qui on ne pouvait discuter. Abou Mazen était plus malin qu'Arafat, qui au moins s'affichait en treillis militaire. Les Palestiniens disent : « arrêtez de vous moquer de nous ». Ce qui menace Israël, ce n'est pas l'islamisme du Hamas. Le Hamas a un projet politique clair. Il accepte les résolutions de l'OLP.L'immigration en Israël est actuellement très réduite. Elle est essentiellement idéologique, religieuse, voire intégriste, d'origine franco-américaine. Il y a un nombre important de travailleurs non juifs non arabes, des Philippins, des Thaïlandais, des Turcs, des Chinois, des Nigériens. Ils sont 800 000, sur les 7 millions d'habitants d'Israël. Ils constituent des nouvelles communautés. Les Philippins s'occupent des services à la personne. Les Thaïs sont dans l'agriculture. À la suite de longues procédures, la Cour suprême donne accès aux écoles et aux soins à ces nouvelles communautés. En Israël, les citoyens ne sont pas égaux. En France, un citoyen possède le 60 millionième du pouvoir. Un Juif qui arrive en Israël est immédiatement naturalisé. Mais pour un non-Juif, le processus de naturalisation est presque impossible. La terre n'appartient pas aux citoyens mais au peuple juif. Autrement dit, un Juif français a une part sur la terre israélienne. La citoyen palestinien n'a pas de part sur la terre israélienne. En Israël, on ne peut pas vendre ou louer à des non-Juifs. Un citoyen israélien qui veut vivre avec une Palestinienne de Jénine doit aller vivre avec elle à Jénine. Il y a donc une discrimination constitutionnelle entre les Juifs et les non-Juifs.Le mouvement pour la paix en Israël est devenu moins efficace. Il y a cependant des militants hyperactifs, les refuzniks, de plus en plus nombreux, y compris parmi les officiers. Il y a des mouvements qui créent avec les mouvements palestiniens, le long du Mur, des espaces binationaux, où s'exprime une fraternité nouvelle, spontanée. Il y a les observatrices des barrages israéliens. Mais cette aile avant-gardiste, la », n'entraîne plus la « » que constitue le mouvement La Paix Maintenant. Le jour où la petite roue accrochera la grande roue, l'opinion et le gouvernement se sentiront concernés, comme cela a été le cas au moment de la reconnaissance de l'OLP et au moment du retrait du Liban.La jonction des mouvements sociaux, pour la démocratie et les droits sociaux, et des mouvements politiques, pour la fin de la colonisation, n'est pas encore arrivé. On entend souvent dans la contestation syndicale : « on ne s'occupe pas de politique ». Cependant, est en train de se constituer un Forum social israélien.