Activités militaires et environnement
- Quelques notes de JPD sur la conférence de Ben Cramer du 8 avril 2008 à Chambéry (une quarantaine d’auditeurs)
1) La prise en compte un peu particulière de la dimension écologique par le complexe militaro-industriel et par les écologistes à leur service
Les armées se mettent au vert. Elles défendent la sécurité des populations, elles défendent donc l’environnement.
C'est par exemple la culture du développement durable au ministère de la Défense.
L'armée veut se donner une image de marque. Elle communique. Par exemple, il n'y aura pas d'avion le week-end pour ne pas gêner les riverains. Plus sérieusement, il y a des négociations, avec certaines associations écologiques, pour préserver la biodiversité, dans le cadre de Natura 2000.
Au sein du complexe militaro-industriel, se développe une « écoconception ». Pour être plus efficace, le matériel de destruction essaie de circonscrire les destructions : par exemple, si les « munitions vertes » détruisent moins les sols, un avantage est qu’il n'y a plus alors de traçabilité des dégâts. C’est la prise de conscience du principe du boomerang. Les militaires veulent éviter que leurs propres instruments leur nuisent. Des rationalisations prenant en compte l’environnement deviennent utiles, et même nécessaires. Des services sont mis en place pour réparer les dégâts des destructions. Il faut prévoir, quand on ne peut pas faire autrement, un budget de nettoyage. Il faut des incinérateurs. Le lac du Bourget est vraisemblablement rempli d'obus. Ce n’était pas l’époque du développement durable. Mais il faudrait quand même que l’armée nettoie, mais tant qu’on ne dit rien... En Russie, 50 % de la pollution atmosphérique est d'origine militaire, il va falloir en tenir compte.
La destruction a des limites et parfois il faut désarmer, signer des traités, promouvoir un « désarmement durable ». Quand on parle de « durable », on pense aux générations futures : on ne balance pas les déchets n'importe où.
Les militaires et les industriels se responsabilisent. Dans le prix d'achat d'une arme est inclus le prix de sa destruction. Dans le concept de développement durable, il y a plus que la responsabilité sociale des entreprises, il y a un travail de transparence.
On essaye de faire participer à la signature des conventions non seulement les industriels, mais aussi des syndicats et des O.N.G : par exemple à la Convention sur les mines antipersonnelles d'Ottawa. Autre exemple : le développement de la parité hommes femmes dans les forces armées. Ce sont des moyens pour faire avancer la paix.
2) Le risque majeur actuel pour l'environnement est d'ordre militaire. Autrement dit, le militarisme, tel qu'il est conçu actuellement, met en question notre sécurité et la sécurité des générations futures.
Il faut aller au-delà de la communication des militaires et au-delà de la complicité de certains militants écologistes dans l'euphémisation des risques des activités militaires et de l'augmentation des capacités de destruction. Le discours écolo selon lequel le réchauffement climatique ou le nucléaire civil sont les principaux risques pour l'environnement, le discours écolo sur la possible utilisation de mini armes de destruction massive et sur la nécessité d'attaques préventives de précaution, cachent que les guerres constituent le risque actuel majeur pour l'environnement.
La charte de Rio de 1987, avec les principes de 24,25,26, dit que la guerre exerce une action destructrice sur le développement durable, que la paix, le développement, la protection de l'environnement sont interdépendants. Tous ces principes sont oubliés.
On ne se rend pas compte que la force nucléaire, même en temps de paix, est un danger pour l'environnement. Les menaces des bases nucléaires américaines en Europe sont celles d’une contamination possible, celles de l'occupation de territoires importants (1 % de la superficie totale du monde), celles de l’empreinte écologique, encore plus importante. La pollution d'un Mirage est plus importante, et de beaucoup, que celle d'un Airbus. Les données sur le nombre de têtes nucléaires sont impressionnantes, même si elles ne sont pas très fiables.
Dans les discours, on veut plus que de la précaution, et on dit que ce qui est dangereux, ce sont les nouveaux venus, avec un discours écologiste pour réclamer des frappes préventives, au nom du principe de précaution.
Il faut donc rappeler que l'environnement est gravement victime des guerres. Les guerres sont des catastrophes écologiques. Hiroshima en est un exemple. C'est la guerre contre les générations futures. C'est l'émergence de la spécificité de l'arme de destruction de masse. Elle détruit avant (la destruction avant que la bombe ait un effet, ce sont les mines d'uranium, les destructions de paysages, les radiations, les conflits pour l’approvisionnement), pendant et après.
1989, c'est la fin de la guerre froide. On aurait pu trouver des points d'entente et de convergence. Mais, au nom de la sécurisation de la planète, on réarme.
3) Une prise de conscience de plus en plus importante des risques des activités militaires
Il y a une prise de conscience progressive de la dimension environnementale. Au début, le nucléaire est considéré comme un bienfait. Hiroshima a agi comme un déclic dans la prise de conscience des risques. Avec Hiroshima, on prend conscience des effets destructeurs du nucléaire militaire. On n'est plus dans le même rapport avec la nature, ce rapport où on est maître du jeu. Il y a la prise de conscience des limites, de la fragilité du monde. C'est la naissance du mouvement associatif à partir de 1970, avec Greenpeace contre les essais nucléaires.
Les effets des essais sont de plus en plus connus, si bien qu’on éloigne les sites d'essais dans les colonies.
Les différents traités de désarmement prennent de plus en plus en compte l'environnement.
Une convention, en 1978, interdit d'utiliser le climat à des fins militaires. Cette convention est issue de la guerre du Vietnam, de l'opération Popeye, ou des produits chimiques sur les nuages permettaient accélérer les précipitations (la France n'a pas encore signé cette convention).
4) La croissance des raisons de conflits, en particulier la croissance des menaces non militaires
L'environnement est déclencheur de conflit. Ce sont les conflits verts concernant les matières stratégiques. C'est la nouvelle guerre froide sur l'uranium. C'est l'inégale répartition de l'or bleu. L'environnement déclenche des conflits ou les aggrave. Avec le gaz ou le pétrole en Arctique, de nouvelles sources de conflits apparaissent. La dénucléarisation de l'Antarctique est remise en question.
Le climat est un enjeu de guerre de paix. Les perturbations climatiques vont aggraver les conflits. Il y a les réfugiés climatiques qui vont « envahir » nos contrées. Comment faire face aux déséquilibres ?
Les pays veulent des moyens supplémentaires pour dominer.
5) La nécessité de démanteler les armes nucléaires
Le budget de la guerre est infiniment plus important que le budget de l'ONU. C'est un gaspillage de sommes d'argent et de gens mobilisés. On pourrait canaliser toutes ces forces vers autre chose. Edgard Faure a proposé de créer un fonds de l'ONU alimenté par un certain pourcentage des budgets militaires.
Lecture d'une Planète Paix, dossier (« Le militarisme nuit à l’environnement ») de septembre 2008,
Le militarisme nuit gravement à l'environnement
Les troubles environnementaux causés par l'activité militaire sont nombreux.
Sur les lieux de conflit, nous connaissons les bombardements américains d'Hiroshima et de Nagasaki, l'utilisation par les Américains de l'agent orange au Vietnam, les incendies de puits de pétrole en Irak pendant la première guerre du Golfe, l'utilisation des bombes à fragmentation et à l'uranium appauvri dans les Balkans, en Irak et au Liban. Tout cela cause des morts, des blessés et des dégâts souvent irréparables sur l'environnement et donc sur les générations futures.
Mais le militarisme cause des atteintes à l'environnement dans les pays en paix.
Rappelons les expériences nucléaires américaines dans le Pacifique, les expériences nucléaires françaises au Sahara et en Polynésie.
À la suite de quatre décrets d'application de la Convention internationale sur l'interdiction de la mise au point, de la fabrication, du stockage de l'emploi des armes chimiques, convention prévoyant aussi la destruction des armes chimiques, une partie du stock d'armes chimiques de Vimy, dans le Nord, a été déménagé à Suippes, tout au moins ce qui était transportable.
Certains lacs, étangs et cours d'eau sont des poubelles militaires, remplis d'obus, de bombes et de cartouches (par exemple le lac de Gérardmer).
Le centre de recherche de Valduc émet du tritium radioactif qui se fixe sur les lichens. À 40 km, on a mesuré 1000 fois plus de tritium que la normale. C'est donc qu’il y a eu des émissions énormes et tenues secrètes.
Le camp de Caylus, près de Montauban, est à l'origine de pollution des sols, de bruit, d'effets de souffle, de vibrations, de jour comme de nuit. Les habitations sont à 500 m du camp. Les hélicoptères, les missiles, les lance-grenades antichars manoeuvrent à proximité des civils. La loi sur le bruit exclut les tirs militaires. En cas de dégâts, l'armée n'arrête pas l'entraînement. Simplement, elle indemnise. Des casemates antibruit, des buttes antibruit ont bien été construits. Mais ce n'est pas suffisant.
À la base militaire aérienne d'Orange, le bruit est insupportable, pour ne pas parler de l'émission de gaz carbonique. Les touristes ne viennent plus. L'immobilier est dévalorisé de 40 %. Le Plan d'exposition au bruit s'étend de plus en plus. La charte de bonne conduite avec les riverains n'est pas respectée. Il n'y a pas de limitation des vols de nuit, pas de bilan trimestriel. En plus, on accueille des avions étrangers. Il y a constamment le risque des accidents d'avion. Il y en a eu deux récemment.
Les militaires essayent de protéger l'environnement. Certes, parmi leurs missions, il y a non seulement la protection des frontières, mais l'intervention humanitaire, la défense du milieu naturel, par exemple la lutte contre les marées noires, le souci de limiter les pollutions avec des pots catalytiques et des filtres à particules pour les chars, avec des hélicoptères « écologiquement corrects », avec le tri des déchets, avec une réduction des décibels le dimanche, avec des murs antibruit et des casemates antibruit, avec des drones à propulsion solaire ou avec des « munitions vertes », c'est-à-dire des munitions à effet diminué.
Il arrive que les militaires essayent de convaincre les politiques de la nécessité d’un désarmement relatif, car ils savent, avec l'expérience des armes chimiques ou celle des armes à uranium appauvri, que certaines armes sont à double tranchant, qu’elles menacent leurs propres forces à la façon d’un boomerang, ou qu’elles risquent la survie de la planète. On pourrait alors imaginer une désescalade nucléaire et même un désarmement nucléaire.
Il arrive que les militaires acceptent de discuter avec les militants associatifs, produisant ainsi une gestion intelligente de leurs activités. Mais la plupart du temps, ils abusent du secret défense et ne veulent pas rendre des comptes aux civils, encore moins aux écologistes. Une exception : ils respectent, au moins formellement , les directives européennes de Natura 2000.
Notons les risques de prise de pouvoir politique par les militaires, comme en 1958, et la possibilité, en cas de déclenchement de la guerre, d'une non maîtrise par les politiques de l'enchaînement des événements et, par conséquent, de la non possibilité d'un arrêt des hostilités, les militaires disposant d'une autonomie non contrôlable par la représentation politique, la guerre se développant selon une logique propre. Ceci est encore plus possible maintenant qu'en 1958, dans la mesure où nous avons une armée de métier, avec des professionnels de la guerre coupés des préoccupations d'une stricte défense nationale, et pour qui les aventurent guerrières sont une des conditions de leur promotion dans la carrière.
Notons aussi, avec la privatisation de la guerre, la possibilité d'une montée des conflits en fonction de leur rentabilité pour les sociétés de gardiennage et de sécurité et pour les marchands d'armes du complexe militaire et industriel, pour leurs actionnaires (qui peuvent être des élus, des élus intéressés à la guerre), le déclenchement comme l'arrêt de la guerre devenant indépendant des autorités politiques, c'est-à-dire de l'intervention des citoyens.
Le Grenelle de l'environnement les ayant exclus, les militaires sont dispensés de réfléchir aux gaz à effet de serre, et le Livre Blanc de la Défense ne tiendra pas compte de la dimension écologique de la sécurité.
La France n'a pas signé le traité d'interdiction des essais nucléaires atmosphériques (PTBT), soi-disant parce que c'était trop tard. Elle ne signe pas la Convention ENMOD d'interdiction de modifier le climat à des fins militaires, soi-disant parce que c'est trop tôt.
Certains écologistes défendent l'environnement en se contentant de la Charte de Rio, du commerce équitable, des OGM ou de la bouffe bio, sans évoquer les enjeux de guerre et de paix. Ils combattent plus la pollution civile que la pollution militaire. Pour eux, l'impact écologique des armes n'existe pas. Il n'y a pas de débat sur la paix. On ne parle pas des espaces occupés par le ministère de la Défense. Ils évitent les sujets qui fâchent. Ils ne veulent pas trop se mouiller. (Pas de débat sur la paix à la prochaine université d'été des Verts à Quimper. De grandes O.N.G. environnementales ont déserté le front de l'impact écologique des armes).
Les pacifistes essayent d'écrire un livre Vert de la Défense, qui ne fasse pas l'impasse sur la dimension écologique de la sécurité.
Lecture d'un texte de Ben Cramer, dont j'ai oublié la référence
A) La croissance des dangers et des menaces
Trois constats :
1) Le monde militaire dispose d'une capacité de destruction qui n'a jamais été aussi importante.
2) Il y a le phénomène récent d'une accumulation de menaces non militaires et la prise de conscience progressive de ce phénomène.
Ce sont les conflits qui apparaissent à propos des zones hydrologiques ou des zones de matières premières, les conflits verts.
Si les aspects écologiques de la paix et de la sécurité ne figurent ni dans la charte de l'ONU ni dans les objectifs du Millénaire pour le développement, des critères écologiques sont de plus en plus mis en avant pour justifier la limitation de la course aux armements ou pour l’accélération des processus de désarmement.
Le 9 juillet 1955, Russel et Einstein écrivent un manifeste qui propose une conférence de scientifiques qui a lieu à Pugwash, au Canada, en juillet 1957, et qui traite des risques de l'utilisation pacifique et militaire de l'énergie atomique, du contrôle des armements nucléaires et de la responsabilité sociale des scientifiques. Les conférences seront convoquées tous les cinq ans. En 1982, la conférence a lieu dans le cadre de l'Unesco, sur le thème des scientifiques, de la course aux armements et du désarmement.
En 1959, le traité de l'Antarctique définit une zone dénucléarisée.
En 1963, le traité de Moscou interdit les essais atmosphériques et avance des considérations environnementales.
En 1974, l'URSS propose d'interdire toute modification de l'environnement à des fins militaires.
L'assemblée générale de l'ONU adopte en décembre 1976 un document interdisant d'utiliser des techniques de modifications de l'environnement à des fins militaires ou hostiles.
En 1977, un protocole des conventions de Genève interdit de causer un dégagement d'énergies dangereuses, par la destruction de barrages, de digues ou de centrales électriques.
En 1983, des savants se réunissent à Washington pour parler des conséquences climatiques et biologiques d'un échange nucléaire entre les Grands. La notion d'hiver nucléaire est avancée.
En 1987, un rapport de la commission mondiale sur l'environnement souligne que l'impact sur l'environnement des armes de destruction massive est le danger écologique le plus sérieux.
En 1991, on parle des casques verts qui seraient assignés à l'ONU en tant que force de réaction rapide en cas de catastrophe écologique.
Juin 1992 est le mois de la charte de Rio avec ses 26 principes.
En 1992, plusieurs associations écologiques présentent un traité sur le militarisme, l'environnement et le développement, appellent au boycott des entreprises qui fabriquent des produits néfastes à l'environnement et demandent des informations sur l'impact environnemental des activités militaires.
En 1994, Gorbatchev fonde une association pour la promotion de la destruction sécurisée, d'un point de vue environnemental, des armes de destruction massive.
En 1999 et 2001, le programme des Nations unies pour l'environnement élabore un outil d'évaluation des conséquences environnementales des conflits.
En 2003, le directeur du programme des Nations unies pour l'environnement demande de faire entrer les lois de la guerre dans le siècle du développement durable.
En 2005, on parle de sécurité mondiale et on dit à l'ONU que l'environnement est source de conflits, et en particulier que les changements climatiques peuvent être à l'origine de conflits majeurs.
3) Les enjeux de paix et de guerre, tels qu’ils apparaissent comme de plus en plus important, étant donné la croissance des capacités militaires et des conflits verts, sont paradoxalement de plus en plus ignorés, y compris par les écologistes.
Prenons pour illustration le protocole de Kyoto qui exclut les activités militaires, alors que nous savons par exemple que les émissions de gaz carbonique de l'armée américaine sont égales à celles émises par un pays comme la Finlande. La charte de Rio est occultée.
On a oublié que les fondateurs du développement durable associaient notre futur commun avec notre sécurité commune, avec un le projet de société intégrant des dimensions sociales, culturelles et économiques renvoyant au désarmement et à la paix. Hiroshima et Nagasaki sont les événements fondateurs de l'écologie politique.
Les Français occultent les principes de la charte de Rio concernant la résolution pacifique des différends en matière d'environnement, l'interdépendance de la paix, du développement et de l'environnement, la destruction par la guerre du développement durable.
B) La prise en compte de l’environnement
Face à la croissance des capacités militaires et des menaces non militaires, face à l'ignorance croissante des enjeux de paix et de guerre, notre survie dépend à la fois de la maîtrise des armes nucléaires et de la gestion de la biosphère. Il faut prendre en compte les menaces militaires et les menaces d'ordre environnemental.
La sécurité environnementale se décline en trois volets, celui de l'environnement source de conflits, ce qu'on appelle les conflits verts, le volet de l'environnement victime des armes, concernant l’impact écologique des forces armées et des armes, et enfin le volet de l'environnement arme de guerre.
C) Les critères d’un développement durable
Le développement durable n'est pas compatible avec la destruction
En ne parlant que des risques du réchauffement climatique, on minimise les dangers de la guerre et de la course aux armements sur notre vie et sur notre environnement. D’autant plus que les militaires racontent qu’ils fabriquent des armes écologiques, intelligentes, des munitions vertes, aux risques atténués, sans dégât collatéral. Ils nous disent qu’il y a des guerres propres et des guerres à bas coût. Il s'agit de la version soft de la destruction, en définitive la mystification d’une opération de relations publiques, l'armée ayant de moins en moins de comptes à rendre à l'opinion depuis la disparition de la conscription et les privatisations grandissantes des services, en attendant la privatisation totale de la guerre.
Le développement durable n’est pas possible si on prend des risques pour l’avenir, si l’argent est accaparé pour la destruction, s’il est possible de faire n’importe quoi en douce ou si personne n’est responsable.
1) Il faut respecter le principe de précaution : s'il y a des risques, il faut les dénoncer pour empêcher le drame possible.
2) Il faut éviter les gaspillages et la surconsommation militaires et consacrer de l’argent au développement durable. 1118 milliards de dollars de budget militaire dans le monde, soit 10 % du marché mondial (le budget militaire de la France est de 47 milliards d'euros). C'est de la surconsommation, et pourtant il n'y a pas en ce domaine de mot d'ordre : « Halte à la croissance ! ». Au contraire on élargit les marchés, on colonise des océans et l'espace, on met la main sur les chercheurs étrangers, on jette les déchets n’importe comment (il n'y a pas de réglementation internationale sur la gestion des déchets de guerre).
Il y a une surconsommation du complexe militaro-industriel, qui serait ainsi implicitement dispensé de la décroissance économique.
On pourrait utiliser l'argent du budget militaire et taxer le commerce des armes pour le développement, pour l'augmentation du niveau de vie des pays sous-développés et pour la conversion industrielle des industries d'armement.
Une augmentation des dépenses de défense n'augmente pas la perception de la sécurité, c'est-à-dire que des investissements militaires additionnels ne produisent pas une sécurité additionnelle.
3) Il faut de la transparence sur la possession des armes. Seule la Grande-Bretagne a levé le secret défense sur son stock de matières nucléaires et l’a placé sous le contrôle de l'ONU.
En 1994, les États-Unis et la France refusent un registre sur les armes nucléaires, dans le cadre de la conférence sur le désarmement.
En France, les contrats n’ont pas à être approuvé par le Parlement. Les bases militaires occasionnent des dégâts, mais elles ne sont pas soumises aux lois des installations civiles.
Les États-Unis refusent de signer le traité d'interdiction des armes nucléaires, car ils ne veulent pas d'étrangers sur leur sol. La France ne veut pas du contrôle des installations nucléaires par des inspecteurs de pays non amis.
4) Il faut développer la responsabilité sociale des entreprises militaires, leur respect de l’environnement et des lois communes.
Les entreprises d'armement ne sont pas tenues de respecter les normes environnementales.
Les entreprises militaires confisquent de nouveaux champs d'intervention, de nouvelles missions, au lieu de permettre à d'autres acteurs d'entreprendre des missions de sécurité et de protection, au lieu de se recycler en décontaminant les sites nucléaires, en formant des casques verts, en préparant les syndicalistes au contrôle des conventions sur les armes.
5) Il faut éviter l’idéologie sécuritaire et l’alarmisme écologique qui, par la croissance de sentiments de peur, voire de terreur, peut lui servir d’aliment.
Le discours écologiste alarmiste et le discours sur les capacités de nuisance des pays émergeants sont récupérés dans une idéologie sécuritaire correspondant à une économie de la sécurité satisfaisant les besoins du consommateur de sécurité.
S'engager dans un développement durable n'a pas de sens si l'argent est accaparé par les marchands de destruction, par les conflits et les guerres, si les terres sont contaminées et si les hommes sont terrorisés dans une logique de survie.
Texte présenté au Dauphiné Libéré, mais censuré, le vendredi 4 avril
Les atteintes à l'environnement causées par les activités militaires
Bien que non abordés par le Grenelle de l'environnement ou par le Livre blanc de la Défense, les troubles environnementaux causés par l'activité militaire sont nombreux.
En premier lieu, on trouve ces problèmes sur les lieux de conflit. Il y a eu les bombardements nucléaires d'Hiroshima et de Nagasaki, l'utilisation de l'agent orange au Vietnam, et plus près de nous, les incendies des puits de pétrole en Irak pendant la première guerre du Golfe, l'utilisation de bombes à fragmentation et à l'uranium appauvri en Irak ou au Liban. Tout cela cause des morts, des blessés et des dégâts souvent irréparables sur l'environnement, donc sur les générations futures.
Mais il y a aussi des dégâts environnementaux dans les pays en paix. Si l'armée communique de plus en plus aujourd'hui sur sa volonté de préserver l'environnement, des problèmes demeurent. Il y encore des stocks d'armes chimiques de la Première Guerre à Vimy, dans le Nord, et il y a eu des radiations anormales de tritium près du CEA de Valduc, en Côte-d'Or, Il y a aussi les nuisances sonores et des risques d'accidents et de pollution, par exemple près de la base aérienne d'Orange ou près du camp d'entraînement militaire de Caylus, à côté de Montauban.
Le journaliste Ben Cramer, spécialiste de l'environnement, anime une conférence débat sur ce sujet, à l'initiative du comité chambérien du Mouvement de la paix, le mardi 8 avril à 20 heures à la Maison des Associations, 67 rue Saint-François à Chambéry.
Tract :
Le militarisme tue l'environnement
Conférence-débat avec Ben Cramer
le 8 avril 2008 à 20 heures
Maison des Associations,
67 rue Saint-François à Chambéry
organisée par
le Comité Chambérien du Mouvement de la Paix
Une large réflexion s'est engagée lors du "Grenelle" de l'environnement. Pourtant, il n'a jamais été question des conséquences néfastes de la militarisation.
S'il faut défendre l'environnement, pourquoi ne parle-t-on jamais des dégâts qui lui sont causés par les activités militaires? De ce point de vue, quelle est la situation en France et quels sont les effets de la présence française à l'étranger?
Dernière mise à jour de cette rubrique le 03/05/2008