« Biens publics mondiaux », dans le « Dictionnaire de l'autre économie », 2005
Parmi les biens de consommation, on peut distinguer les biens privés, qui peuvent être divisés entre les différents individus (l'essence, les légumes), et les biens publics, ou biens collectifs, qui bénéficient en commun à tous, la consommation par une personne de l'éclairage d'une rue ou d'un environnement de qualité ne venant pas en déduction de la consommation par une autre personne.
Le bien public pur possède les deux propriétés de non exclusion (aucun agent ne peut être exclu du bénéfice de la production du bien) et de non rivalité (la consommation du bien par une personne ne diminue pas la possibilité pour une autre de le consommer). La défense nationale, la sécurité intérieure, la recherche fondamentale, les programmes de lutte contre la pauvreté, les politiques de stabilisation, la réglementation, la redistribution des revenus, les normes, les conventions, la langue, les unités de mesure sont des exemples de biens publics purs. Les biens mixtes ou biens de club, sont des biens qui ne sont pas rivaux et pour lesquels l'exclusion est possible. Une autoroute ou un parc naturel non encombré sont deux exemples de biens mixtes. Les biens communs sont des biens rivaux pour lesquels l'exclusion n'est pas possible. Les champignons dans une forêt domaniale sont un exemple de biens communs.
Étant non rivaux et non exclusifs, les bien publics purs ne peuvent pas être produits par les mécanismes marchands. Aucun consommateur rationnel n'est disposé à payer pour un bien dont il peut profiter gratuitement, aucune entreprise ne souhaitera donc le produire. Cette défaillance du marché à fournir des biens et des services utiles pour tous rend indispensable l'intervention de l'État, seul agent capable de contraindre les citoyens à financer la production de ces biens, via l'impôt.
Les biens publics internationaux, mondiaux, ou globaux, peuvent se définir d'après leurs caractéristiques intrinsèques (les bien naturels comme l'eau, les biens artificiels comme les médicaments, les biens immatériels comme les connaissances), d'après leur localisation (le bruit est un bien local, l'ozone stratosphérique est un bien planétaire) ou leur dimension intertemporelle (la consommation de pétrole diminue les réserves, c'est irréversible). Le premier et le plus important des biens publics est la paix.
Dans la production des biens publics internationaux, le marché et l’Etat sont souvent défaillants. La recherche fondamentale, l'éradication des épidémies, la gestion des ressources génétiques, le non renforcement de l'effet de serre (biens collectifs purs), les droits de propriété intellectuelle, les connaissances techniques (biens mixtes), les ressources halieutiques (biens communs), concernent les défaillances du marché. L'éducation, la santé, la sécurité physique ou alimentaire, la stabilisation financière concernent les défaillances des Etats, c’est-à-dire les fonctions régaliennes et régulatrices des États qui peuvent ne plus être assurées par l'État ainsi que les biens nationaux en voie de régionalisation ou de mondialisation. Les défaillances du marché et des États dans la production des biens publics mondiaux rendent indispensable l'existence d'une autorité transnationale et de règles internationales contraignantes.
Pour les « néoréalistes » étasuniens, les biens collectifs internationaux doivent être créés par une puissance prédominante ayant la capacité et la volonté de mettre en oeuvre et de maintenir un ensemble de règles et de normes et une discipline dans les relations interétatiques. La puissance hégémonique produirait des biens publics internationaux puisque l'ordre mondial qu'elle constituerait assurerait non seulement la paix et la sécurité, premiers des biens publics, mais aussi le maintien du système économique.
Il faut dénoncer les failles de cette « théorie de la stabilité hégémonique » et chercher à identifier une source d'autorité démocratique pouvant assurer la production de biens publics globaux. Les principes égalitaires de la charte des Nations unies permettent d'imaginer une construction institutionnelle non hégémonique transcendant ce cadre interétatique où prévalent les rapports de force. Il faut une démocratisation de la prise de décision au Conseil de sécurité, au FMI, à la Banque mondiale et à l'OMC, ce qui entraînera une redéfinition des politiques de ces institutions. Il faut une constitution des institutions internationales définissant les tâches de chacune, leurs relations et les principes de leurs interventions, principes qui pourraient être le principe de subsidiarité, selon lequel le pouvoir de décision est le plus proche possible des peuples, le principe de régulation, selon lequel il faut harmoniser les fiscalités et les conditions d'emploi, et le principe de gestion consensuelle entre pouvoirs publics et intérêts privés. Pour produire les biens publics globaux, il faut des politiques faisant prévaloir la coopération sur la compétition, ce qui exige une prise de conscience des dangers et des impasses. (JP Dussaud)