Jean-Paul Maréchal : « Développement durable », dans « Dictionnaire de l'autre économie », 2005, Desclée de Brouwer.
La croissance est l'augmentation quantitative du « niveau de vie », mesuré par le produit intérieur brut ou un autre indicateur.
Le développement est plus que la croissance. Il s'agit de prendre en compte non seulement le niveau de vie mais aussi la « qualité de vie »
Un processus de développement est durable lorsqu'il permet de « répondre aux besoins du présent sans compromettre la possibilité pour les générations futures de satisfaire les leurs ».
« Développement durable » est la traduction de « sustainable development », qui a été aussi traduit par « développement soutenable ».
Le développement durable appelle la mise en oeuvre d'une double solidarité. Une solidarité horizontale à l'égard des plus démunis du moment et une solidarité verticale entre les générations. La solidarité intragénérationnelle exige la lutte contre la misère, l'accès aux soins et à l'éducation, la liberté d'expression et de participation à la vie politique. La solidarité intergénérationnelle exige une exploitation prudente des ressources naturelles et le souci des dommages causés à la biosphère, à la santé et à la vie humaine. L'accès à l'eau potable et la sécurité sanitaire des aliments concernent les deux solidarités.
Les deux solidarités sont interdépendantes.L'exposition à la pollution est aux risques reproduit et renforce les inégalités de richesses. Les sans-logis et les habitants des zones industrielles sont soumis à des niveaux de pollution élevés et sont les principales victimes des catastrophes industrielles. Les pays pauvres ont sur leur sol les sites les plus dangereux et reçoivent les déchets toxiques. Ils sont les plus exposés au réchauffement climatique. Réciproquement, la pauvreté empêche de s'équiper en techniques moins agressives à l'égard de l'environnement. Un ménage à faibles revenus ne peut s'équiper d'une voiture bimotorisée. Un pays pauvre ne peut accéder à des technologies écologiquement performantes ni s'équiper en système de dépollution.
Souvent, la dimension écologique du développement durable passe avant la dimension sociale. La question de la durabilité est alors ramenée à un problème d'économie de l'environnement ou à un problème de gestion des ressources naturelles. La prise en compte de la dimension sociale exige la satisfaction des besoins élémentaires et la satisfaction de l'aspiration à une vie meilleure, la génération présente ne devant pas être sacrifiée sur l'autel du bonheur futur de l'humanité.
Les libéraux se réclament de la « soutenabilité faible ». Le capital naturel et le capital technique sont substituables, c'est-à-dire une disparition de capital naturel peut être compensée par un accroissement du volume du capital technique. Il faut laisser aux mécanismes de marché le soin de parvenir au degré optimal de destruction de la nature.
Les partisans de la « soutenabilité forte » considèrent que le capital naturel et le capital technique ne sont pas substituables dans de nombreux cas. Les actifs naturels ne doivent pas être gérés selon la logique du marché mais selon leur mode de reproduction propre. Si, au sein du capital naturel, certains éléments sont détruits, cela engendre des dommages irréversibles, non compensables par des progrès techniques. Ces éléments constituent le capital naturel critique, qui est donc complémentaire du capital technique. Ce capital naturel critique doit être soustrait à la logique marchande, de même que doit être soustrait à la logique marchande le capital humain et le capital social. En dessous d'un certain niveau de soins, d'éducation, de formation, le capital humain ne peut plus se reproduire. Et le capital social se dégrade irréversiblement quand les inégalités atteignent un certain niveau. Quand le capital humain et le capital social sont soumis à la logique du marché, l'homme et la société sont en danger. Le développement durable exige que le capital naturel, le capital humain et le capital social soient gérés selon des critères spécifiques, propres à leur mode de fonctionnement et de reproduction.
La double exigence de justice et de prise en compte de la finitude du fonds terrestre réintroduit le souci éthique au coeur de l'analyse et des pratiques économiques. (JP Dussaud)