Le Mouvement de la paix met en avant pour se diriger dans la pensée et dans l'action le concept de culture de paix. Nous essayons d'abord de prévenir les guerres, en particulier par l'éducation à la paix, par la lutte contre le racisme et la haine, par la défense des valeurs de la démocratie, la discussion à égalité de droit et sans exclusive et la représentativité des directions. Bien sûr, nous participons aux manifestations contre toutes les guerres, en particulier contre la guerre en Irak et contre la colonisation de la Palestine.
Conférence de Patrice Bouveret
Le CDRPC (Centre de documentation et de recherche sur la paix et les conflits) a été créé il y a 22 ans, dans la mouvance pacifiste et antimilitariste. Il répond à un besoin d'outils indépendants pour mesurer la militarisation.
Le CDRPC a pris deux directions. La première analyse et surveille l'armement nucléaire. En particulier, il étudie les conséquences des essais nucléaires sur la santé des populations et des militaires, que ce soit en Algérie ou en Polynésie. Il a participé à la création de l'AVEN (Association des vétérans des essais nucléaires) et de Moruroa e tatou (Moruroa et nous). Bruno Barillot est actuellement en Polynésie à Moruroa. Patrice participe à un colloque en février en Algérie sur les essais nucléaires au Sahara.
La deuxième direction du CDRPC analyse le commerce des armes. Pendant très longtemps, il n'y avait aucune information, même pour les parlementaires. Les citoyens n'ont pas un réel pouvoir de contrôle.
1) L'évolution de la place de l'armée sous Chirac.
On se souvient de la reprise des essais nucléaires par Chirac et la mobilisation internationale qu'elle a suscitée. On se souvient moins de la réforme de l'armée. Tant qu'il y avait la guerre froide et la croissance, la France maintenait une force de frappe nucléaire, avec une industrie d'armement autonome, tout en conservant la conscription. Comme arguments de la réforme il y a l'impératif, face à la stagnation économique, de diminuer le budget. Il y a aussi le peu d'utilité, du point de vue des militaires et du Président de la République, d'une conscription qui ne permet pas d'envoyer suffisamment de militaires à l'étranger, autrement dit il y a, en langage militaire et politique, la volonté de rendre l'armée plus « opérationnelle », la « nécessité » de maintenir le rang de la France en s'appuyant sur une force projetable et mobile, d’autant que, lors de la première guerre d'Irak, la France n'a pu mobiliser que la moitié de ce qu'a mobilisé la Grande-Bretagne. Chirac a donc « suspendu » le service national. Les effectifs de l'arméesont passés de 600 000 à 435 000.
Actuellement 35 000 soldats français en opérations extérieures, soit sous statut OTAN, soit sous statut ONU, soit en vertu d'accords de coopération militaire avec des pays africains souvent peu démocratiques comme le Tchad ou le Centrafrique.
En 1958, De Gaulle faisait sortir la France de l'OTAN, tout en se maintenant dans l'Alliance atlantique. Peu à peu, Chirac réintègre la France dans l'OTAN. Dorénavant, la France est un allié fidèle, sous commandement américain. Il y a bien eu l'épisode irakien, mais en Afghanistan les États-Unis contrôlent les actions militaires françaises. La mondialisation se traduit donc au niveau militaire par un passage sous fonctionnement étatsunien. Ce glissement de position dans le fonctionnement de notre armée et dans ses procédures de commandement n’a fait l'objet d'aucun débat, ni au Parlement, ni dans la société civile. Il s'agit du fait du prince, la conséquence de la réforme constitutionnelle de 1962 donnant au Président de la République, par son élection au suffrage universel, la légitimité de déclencher une guerre nucléaire
Nous avons un budget militaire de 48 milliards d’euros, c'est-à-dire 131 millions d'euros par jour, autant de moins pour les budgets sociaux. Il s'agit d'une question de choix politique, et ce choix n'est pas fait après discussion au niveau de la nation.
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2) Le commerce des armes.
Ce commerce a diminué avec la fin de la guerre froide. Cependant, depuis 1998, on a une augmentation de la course à l'armement qui concerne cette fois-ci la qualité de l'armement et non sa quantité. Il s'agit d'augmenter le différentiel technologique, ce qui se traduit par une augmentation des budgets militaires. Les États-Unis, qui représentent la moitié des dépenses militaires dans le monde, veulent imposer leur loi. L'Europe ne constitue que 20 % des dépenses mondiales d’armement, la France 4 %.
Il faut noter que le coût d'une arme n'est pas proportionnel à son efficacité. Autrement dit, il faut prendre conscience de la réalité de l'utilisation des armes. Dans les conflits, ce sont les armes légères qui sont utilisées, alors qu'elles pèsent peu dans les flux financiers, alors que des chars très coûteux sont inutilisables car intransportables.
Il faut noter aussi l'opacité du commerce des armes. Pour comparer d'un pays à l'autre, il n'y a pas de définition reconnue de ce qu'est une arme, si bien que les évaluations peuvent varier du simple au double. Nous ne savons pas qui de la Russie ou des États-Unis est le premier exportateur. Nous ne savons pas à qui les armes sont vendues. En France, depuis 2000, il y a un rapport au Parlement, suite à des campagnes des O.N.G., mais cet outil performant d'une centaine de pages n'est pas mis en débat au Parlement. Les États-Unis, de ce point de vue, sont transparents, mais il n'y a pas non plus de débat.
En tout cas, les cinq membres du Conseil de sécurité qui ont le droit de veto et qui sont théoriquement chargés de faire la paix assurent 90 % du commerce des armes. Ils parlent « sécurité », un bien que chaque citoyen devrait avoir, mais ils accumulent les armes dans certains pays et dans certaines régions, en équipant des armées ou en multipliant la vente des armes, au risque du chaos, des conflits armés et de la difficulté à désarmer. Ils font la morale à l'Iran. Ils assurent économiquement leur développement militaire en vendant des armes. Autrement dit ils produisent de la sécurité en renforçant l’insécurité. C'est un jeu effrayant et dangereux. Pour respecter des accords de coopération militaire, ils deviennent indifférents aux massacres de populations et aux génocides.
3) Lutter pour la paix
Le commerce des armes est un secteur qui semble échapper à tout contrôle.
L'Union européenne a bien essayé d'élaborer un code de conduite, mais ce code n'est pas contraignant juridiquement. Il s'agit de ne pas vendre à des pays violant les droits humains, mais les pays de l'Union européenne vendent des armes au Sénégal, au Maroc ou à la Tunisie, qui sont des démocraties ou l'armée est souvent utilisée contre la population civile. Il s'agit aussi de ne pas vendre à des pays en situation de conflit, mais les pays européens vendent des sous-marins à l'Inde et au Pakistan, soi-disant pour équilibrer leurs forces militaires.
Au niveau international, il n'y a pas grand-chose. Sur le plan du désarmement nucléaire, il y a bien le TNP. Mais la France, en ne signant pas tout de suite le TNP, a pris le temps de constituer sa force de frappe nucléaire en toute légalité internationale. L'Inde et le Pakistan, après Israël, reçoivent l’aide de l'Occident pour devenir en toute illégalité internationale des puissances nucléaires, tandis l'accès au nucléaire est interdit à l'Iran et que les puissances nucléaires n'appliquent pas l'article six du TNP les enjoignant de diminuer unilatéralement leur puissance nucléaire.
Il y a quelques avancées en ce qui concerne les mines antipersonnel, mais les États-Unis refusent toujours de signer un traité. Le mouvement pacifiste s'étant effondré, les mouvements pour le développement, comme Oxfam ou Amnesty, prennent le relais en ciblant sur les conséquences et les dégâts de la prolifération des armes et en cherchant à faire avancer la législation internationale sur ce sujet.
En France les inspections citoyennes, des groupes de citoyens pénétrant sur les bases militaires par exemple, luttent pour freiner la modernisation de l'arme nucléaire française, contraire aux engagements pris par le gouvernement français quand il a signé le TNP. La portée des missiles français est passée de 6000 à 8000 km, ce qui permet d'atteindre la Chine. Des recherches aboutissent pour améliorer la précision des armes nucléaires et leur miniaturisation, de façon qu'elles fassent moins de dégâts et soient donc plus utilisables. Chirac élargit la notion d'intérêts vitaux nécessitant l'utilisation de l'arme nucléaire aux menaces sur l'approvisionnement énergétique de la France et aux menaces de terrorisme.
Les nanotechnologies, à cheval sur le civil et le militaire, peuvent constituer, avec l'intégration de la carte d'identité biométrique, des portables et des cartes bancaires, un système de contrôle des populations. Il faut intervenir avant la mise en place du système, car ce serait difficile de revenir en arrière. L'armée investit énormément dans ce domaine.
4) Questions
. Les ventes d'armes à l'Irak ont été, dans une grande mesure, non payées, du fait de l'embargo. C'est donc chaque contribuable qui a financé les 30 milliards de francs. Est-ce général ? Dans la mesure où la vente des armes s'accompagne d'un contrat de maintenance et d’une fourniture de munitions adaptées, avec un système de garanties, il y a rarement une rupture du paiement.
Est posé la question du complexe militaro-industriel qui serait vecteur du développement économique, les contribuables payant les pertes et les multinationales recevant les profits. Il s'agit de volonté politique. Le gouvernement choisit de faire le développement par le militaire.
Le fait que l'Allemagne et le Japon ne s'engageaient pas dans l'armement nucléaire n'aurait-il pas favorisé leur développement économique ? L'Allemagne a le sixième budget militaire de la planète, et le Japon, qui vient d'amorcer un tournant inquiétant dans sa stratégie militaire, le cinquième budget militaire.
Est posé le problème de la justice et de la paix. Il peut y avoir une paix sans justice, et ce n'est pas la paix, et il peut y avoir une justice sans paix. L'ONU est un mauvais outil à cause du droit de veto, à cause de la non-application de l'article six du TNP. Il faut une autre forme de régulation internationale, ne serait-ce qu'en supprimant le droit de veto et en développant les institutions internationales comme la Cour de justice internationale. En France, on peut diminuer ce budget énorme de 47,7 milliards d'euros, en particulier en éliminant les 10 % du budget consacré au nucléaire et tout ce qui concerne les armes inutilisables.
N'y a-t-il pas un risque potentiel de conflit en Asie ? Il est vrai que les pays exportateurs d'armes vendent énormément en Extrême-Orient, en particulier en Chine, qui est un pays importateur important, et au Proche-Orient, ce qui fait qu’on a dans ces régions une accumulation d'armes potentiellement génératrice de conflits armés. La Chine, ou l'Europe, peuvent constituer un contrepoids face à la domination des Etats-Unis, mais il s'agit surtout en ce moment pour ces pays de prendre leur part du gâteau, et l'orientation des mouvements pacifiques ne doit pas être de favoriser les logiques de puissance, mais les logiques de coopération et de paix.
Une dernière question sur le travail est à mener auprès des candidats à l'élection présidentielle pour qu'ils s'engagent à mener une politique de paix. C'est un sujet à l'ordre du jour de notre Conseil national de la fin de semaine..